Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/69

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Au 6 janvier, la situation des deux insulaires ne s’était aucunement modifiée. Ce 6 janvier était la date vraie, c’est-à-dire celle du calendrier, avant que les anciens jours terrestres eussent perdu douze heures sur vingt-quatre. Le capitaine Servadac, non sans raison et dans le but de mieux s’y reconnaître, avait préféré s’en tenir à l’ancienne méthode. Aussi, bien que le soleil se fût levé et couché douze fois sur l’horizon de l’île, ne comptait-il que six jours depuis le 1er janvier à minuit, commencement du jour de l’année civile. Sa montre lui servait à noter exactement les heures écoulées. Bien évidemment, une horloge à balancier, dans les circonstances où il se trouvait, ne lui eût donné que des indications fausses, par suite de la diminution de la pesanteur ; mais une montre, mue par un ressort, n’est pas soumise aux effets de l’attraction, et, si la montre du capitaine Servadac était bonne, elle devait marcher régulièrement, même après tant de trouble apporté à l’ordre physique des choses. C’est ce qui arriva en cette occasion.

« Bigre ! mon capitaine, dit alors Ben-Zouf, qui avait quelque littérature, il me semble que vous tournez au Robinson et que je frise le Vendredi ! Est-ce que je suis nègre ?…

— Non, Ben-Zouf, répondit le capitaine Servadac, tu es encore d’un joli blanc… foncé !

— Un Vendredi blanc, reprit Ben-Zouf, ça n’est pas complet, mais j’aime mieux ça ! »