Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/262

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ce qui navrait profondément mon âme, c’était la douleur de mon fils, dont la jeunesse augmentait mon désespoir, et que je voyais en proie à plus de peines, plus de tourments qu’aucun de nous. C’était Dieu, sans doute, et non pas un autre, qui lui prêtait une telle force ; mon fils seul rallumait le courage, réveillait la patience des marins dans leurs durs travaux ; enfin, on eût cru voir en lui un navigateur qui aurait vieilli au milieu des tempêtes, chose étonnante, difficile à croire, et qui venait mêler quelque joie aux peines qui m’abreuvaient. J’étais malade, et plusieurs fois je vis l’approche de mon dernier moment… Enfin, pour mettre le comble à mon malheur, vingt années de service, de fatigues et de périls ne m’ont apporté aucun profit, car je me trouve aujourd’hui sans posséder une tuile en Espagne, et l’auberge seule me présente un asile lorsque je veux prendre quelque repos ou les repas les plus simples ; encore m’arrive-t-il souvent de me trouver dans l’impuissance de payer mon écot… »

Ces quelques lignes n’indiquent-elles pas de quelles suprêmes douleurs était abreuvée l’âme de Colomb ? Au milieu de tant de périls et d’inquiétudes, comment pouvait-il conserver l’énergie nécessaire à un chef d’expédition ?

Pendant toute la durée de la tempête, les navires prolongèrent cette côte qui porte successivement les noms de Honduras, de Mosquitos, de Nicaragua, de Costa-Rica, de Veragua et de Panama. Les douze îles Limonares furent découvertes pendant cette période. Enfin,