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L’AGENCE THOMPSON AND Co.

informer, j’en reviens à mon dire, et je prétends que le séjour sur ce rocher africain ne doit avoir pour elle et pour vous que des attraits contestables. D’ailleurs, il n’y a qu’à vous voir tous les deux. Vous avez l’air de porter le diable en terre. À peine si vous desserrez les dents. Révérence parler, on dirait deux chats qui n’osent retirer du feu des marrons rôtis. Comment ne voyez-vous pas ce qui cependant crève les yeux, à savoir que Mrs. Lindsay s’ennuie à périr et qu’elle apprécierait fort la distraction de brûlants aveux ?

— Mon cher de Sorgues, dit Robert d’une voix un peu émue, je ne comprends pas comment vous pouvez plaisanter sur un pareil sujet. Vous qui savez ce que je pense, vous qui connaissez ma situation et les scrupules qu elle m’impose…

— Ta, ta, ta ! interrompit Roger qui semblait peu frappé de l’observation, n’empêche qu’il est intolérable de vous voir rendre malheureux à plaisir vous-même et les autres, alors que tout cela au fond, vous savez, c’est si simple !

— Que voudriez-vous donc que je fisse ? demanda Robert.

— Mou Dieu, mon cher, je ne peux guère vous donner de conseils. En pareil cas, chacun agit conformément à son tempérament. Mais pourquoi n’êtes-vous pas vous-même, c’est-à-dire gai, aimable, aimant, puisque vous aimez ? Le reste viendrait tout seul. Regardez-nous, miss Dolly et moi. Avons-nous l’air d’amoureux de mélodrame ?

— Vous en parlez à votre aise, fit observer Robert avec amertume.

— Soit ! accorda Roger. Eh bien alors, allez-y carrément. Brûlez vos vaisseaux. Quand nous rentrerons tout à l’heure, montez chez Mrs. Lindsay comme on monte à l’assaut, et narrez-lui la chose sans tant de fioritures. Vous n’en mourrez pas, que diable ! et vous verrez bien ce qu’elle vous répondra.

— La réponse, quelle qu’elle soit, ne m’effraierait pas, si je me jugeais en droit de poser la question.

— Mais pourquoi ? Pour cette bêtise de la fortune ? Mais entre