Page:Verne - L'Agence Thompson and C°, Hetzel, 1907.djvu/439

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EN QUARANTAINE.

la fortune et ça, s’écria Roger en faisant claquer son ongle entre ses dents, il n’y a pas la moindre différence ! Et d’ailleurs, n’êtes-vous pas en mesure d’en offrir l’équivalent ? Vous avez beau vous être affublé d’un autre nom, vous redeviendrez marquis de Gramond quand il vous plaira, et les marquis de Gramond ne courent pas encore les rues, que je sache !

Robert prit la main de son compatriote.

— Tout ce que vous me dites, mon cher de Sorgues, prononça-t-il, me prouve de plus en plus à quel point vous êtes mon ami. Mais, croyez-moi, il vaut mieux faire le silence sur ce sujet : vous n’obtiendrez rien de moi. Je n’ignore pas que l’échange dont vous me parlez soit généralement admis. Cependant, que voulez-vous, ces marchés-là ne me vont pas.

— Marché ! marché ! c’est bientôt dit, bougonna Roger sans se laisser convaincre. Où voyez-vous un marché, du moment que vous n’êtes guidé par aucune pensée d’intérêt ?

— Oui, répondit Robert, mais Mrs. Lindsay ne le sait pas, elle. Voilà le point délicat.

— Eh bien ! mille carabines, prenez la peine de le lui affirmer. Quoi qu’il arrive, cela vaudra mieux que de vous rendre ainsi malheureux, sans parler de Mrs. Lindsay elle-même.

— Mrs. Lindsay ? répéta Robert. Je ne saisis pas…

— Si elle vous aimait cependant ? interrompit Roger. Y avez-vous pensé ? Elle ne peut pas, après tout, parler la première.

— Voilà deux fois déjà que vous me faites cette objection, répondit Robert un peu tristement. Il faut croire que vous la jugez bien puissante. Si Mrs. Lindsay m’aimait, cela changerait en effet bien des choses. Mais Mrs. Lindsay ne m’aime pas, et je n’ai pas la fatuité d’admettre qu elle m’aimera jamais, alors surtout que je ne fais rien dans ce but.

— C’est peut-être bien pour ça… murmura Roger entre ses dents.

— Vous dites ?

— Rien… ou du moins je dis que vous êtes d’un aveuglement