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LA CHASSE AU MÉTÉORE

— Le 16.

— À sept heures trente-sept minutes vingt secondes.

— Vingt secondes, répéta Omicron, ainsi que je l’ai constaté à notre horloge.

— Et il n’a pas reparu depuis ! s’écria Mr Dean Forsyth, en tendant vers le ciel une main menaçante.

— Comment aurait-il fait ? Des nuages !… des nuages !… des nuages !… Depuis cinq jours, pas même assez de bleu dans le ciel pour s’y tailler un mouchoir de poche !

— C’est un fait exprès, s’écria Dean Forsyth en frappant du pied, et je crois vraiment que ces choses-là n’arrivent qu’à moi.

— À nous », rectifia Omicron, qui se regardait comme de moitié dans les travaux de son maître.

À vrai dire, tous les habitants de la région avaient le même droit de se plaindre si d’épais nuages attristaient leur ciel. Que le soleil luise ou ne luise pas, c’est pour tout le monde.

Mais, quelque général que fût ce droit, nul n’aurait pu avoir la folle prétention d’être d’aussi méchante humeur que Mr Dean Forsyth lorsque la cité était enveloppée par un de ces brouillards contre lesquels les télescopes les plus puissants, les lunettes les plus perfectionnées ne peuvent rien. Et de tels brouillards ne sont pas rares à Whaston, bien que la ville soit baignée par les eaux claires du Potomac, et non par les eaux bourbeuses de la Tamise.

Quoi qu’il en soit, le 16 mars, alors que le ciel était pur, qu’avaient donc aperçu, ou cru apercevoir, le maître et le serviteur ?… Pas moins qu’un bolide de forme sphérique se déplaçant sensiblement du Nord au Sud avec une excessive rapidité, et d’un tel éclat qu’il luttait victorieusement contre la lumière diffuse du soleil. Toutefois, comme sa distance de la terre devait mesurer un certain nombre de kilomètres, il eût été possible de le suivre, malgré sa vitesse, pendant un temps appréciable, si un intempestif brouillard ne fût venu empêcher toute observation.

Depuis lors se dévidait le fil des regrets que provoquait cette mauvaise chance. Reviendrait-il, ce bolide, sur l’horizon de Whaston ? Pourrait-on en calculer les éléments, déterminer sa masse, son poids, sa nature ? Ne serait-ce pas quelque autre