Page:Verne - Michel Strogoff - pièce à grand spectacle en 5 actes et 16 tableaux, 1880.djvu/7

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à se faire accompagner, s’il le juge à propos, d’une ou plusieurs personnes, et il sera respecté même dans le cas où tout gouverneur ou maître de police prétendrait entraver ton passage. Tu voyageras donc sous le nom de Korpanoff.

STROGOFF. – Oui, Excellence.

LE GOUVERNEUR. – Voici cette lettre de laquelle dépend, avec la vie du Grand-Duc, le salut de toute la Sibérie !

STROGOFF. – Elle sera remise à Son Altesse.

LE GOUVERNEUR. – Il se peut que dans quelque circonstance grave, désespérée, tu sois contraint de l’anéantir !... Il faut donc que tu saches ce qu’elle renferme, afin de pouvoir le redire au Grand-Duc, si tu arrives jusqu’à lui.

STROGOFF. – J’écoute.

LE GOUVERNEUR, lisant la lettre. – « Le colonel Ivan Ogareff s’est enfui de la forteresse de Polstock. Il veut pénétrer dans Irkoutsk, et livrer la ville aux Tartares. Il importe donc de se défier de ce traître. Si, comme nous l’espérons, ce message arrive en temps utile à Son Altesse, le Grand-Duc est prévenu qu’une armée de secours sera en vue d’Irkoutsk, le 24 septembre, et qu’une sortie générale, exécutée ce jour-là, écrasera les ennemis entre deux feux... » (Il referme la lettre. À Strogoff.) Tu as entendu et tu te souviendras ?

STROGOFF. – J’ai entendu et je me souviendrai.

LE GOUVERNEUR. – Tu traverseras les lignes tartares ! Tu passeras quand même !

STROGOFF. – Je passerai ou l’on me tuera.

LE GOUVERNEUR. – Le czar a besoin que tu vives !

STROGOFF. – Je vivrai... et je passerai.

LE GOUVERNEUR. – Jure-moi que rien ne pourra te faire avouer, ni qui tu es, ni où tu vas !

STROGOFF. – Je le jure.

LE GOUVERNEUR. – Pars donc, et quand il s’agira de surmonter les plus grands obstacles, de braver les plus menaçants périls, redis-toi ces paroles sacrées. – « Pour Dieu, pour le czar...

STROGOFF. – Pour la patrie ! »

Strogoff sort par la droite, après avoir salué militairement. Alors les portières se relèvent, les invités rentrent dans le salon.

LE GOUVERNEUR. – La fête populaire va commencer. Mesdames, prenez place à ce balcon. (Tous se dirigent vers le balcon.)


Deuxième tableau – Moscou illuminé.


Grand concours de monde sur la place que domine le balcon du palais.

Ballet.


Troisième tableau – La retraite aux flambeaux.


Retraite aux flambeaux avec les tambours, les fifres et les trompettes des chevaliers-gardes du régiment de Préobrajinski.



Acte deuxième


Quatrième tableau – Le relais de poste.


La scène représente la cour d’un relais de poste à la frontière. À droite la maison de relais qui est en même temps une auberge. À gauche la maison du maître de police. Au fond la grande route, qui va se perdre dans les montagnes.


Scène I


Le maître de poste, le maître de police, un agent, voyageurs.


Un certain nombre de voyageurs sont groupés dans la cour du relais.

L’HÔTELLIER. – Les routes de l’Oural sont encombrées ! C’est à peine si je peux fournir des chevaux !

PREMIER VOYAGEUR. – Et quels chevaux ! Fourbus des quatre jambes !

L’AGENT. – Allons ! Allons ! les passeports ! les passeports ! On vous les rendra après qu’ils auront été visés !... (Il recueille les passeports des divers voyageurs et rentre à gauche.)

LE MAÎTRE DE POLICE. – Il y a encombrement.

LE MAÎTRE DE POSTE. – Oui, monsieur le maître de police, et vous aurez fort à faire pour expédier tous ces gens-là... presque autant que moi à leur fournir des chevaux ! Il ne m’en reste plus qu’un au relais, et encore a-t-il fait cinquante verstes la nuit dernière !

LE MAÎTRE DE POLICE. – Un seul ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Et il est retenu par un voyageur, arrivé il y a une heure.

LE MAÎTRE DE POLICE. – Quel est ce voyageur ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Un marchand qui se rend à Irkoutsk !

LE MAÎTRE DE POLICE. – Je vais viser les passeports et donner la volée à tous ces gens-là !... (Il rentre dans la maison à gauche.)

LE MAÎTRE DE POSTE. – On aurait cent chevaux dans les écuries qu’on ne pourrait suffire à tout !


Scène II


Le maître de poste, Strogoff.


STROGOFF. – Le cheval que j’ai retenu ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – On le fait manger et boire.

STROGOFF. – Il faut que, dans une demi-heure, il soit attelé à mon tarentass.

LE MAÎTRE DE POSTE. – Il le sera. Tu seras en règle avec le maître de police ?

STROGOFF. – Oui !

LE MAÎTRE DE POSTE. – Tu peux lui faire remettre ton passeport d’avance ! Il le visera avec les autres.

STROGOFF. – Non ! je le ferai viser moi-même.