Page:Viard - Grandes chroniques de France - Tome 3.djvu/287

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cendra hui en Occident. Là donques dont li Fiuz Dieu descendi, là maismes retorna-il par sa propre vertu. »

« Je me combatrai », dist li geanz, « à toi ; que se cele foiz que tu me prieches est vraie, que je voie vaincuz, et se ele est fause, que tu soies matez, et soit perpetuiex reproches ou vaincu et à sa gent, et au vainqueor et à siens, soit loenge et gloire. »

« Je l’otroi ensi », dist Rolant.

Lors se leverent et vindrent à bataille derechief, Rolant envaï premiers li geans, et jeta i cop de s’espée vers li[1] ; mais il qui fu legiers et hastes, sali à senestre et reçut le cop en son baston. Li cox du geant, qui granz et pesanz fu, copa le baston par mi. Lors sali avant Fernaguz et saisi Rolant aus poinz, vers terre l’enclina et le jeta legierement soz li. Quant Rolant vit que il ne pooit eschaper de li en nule maniere, il commença devotement à apeler en s’aide le Fil de la Virge, et il[2] aida tant à son champion que il se sordi[3] et torna le geant soz li. Lors jeta la main à s’epsée maismes et le poinst un petit ou nombril. Lors commença li geanz à crier à haute voiz et à reclamer son dieu : « Mahomet ! Mahomet ! Mes diex secor moi, car je muir. » Atant se departi Rolant du champ et s’en ala sains et haliegres à l’ost des crestiens.

Maintenant, descendirent li Sarrazins du chastel et issirent de la cité et emportèrent lor seigneur entre lor

  1. Latin : « Et illico Rotholandus paganum aggreditur. Tunc Ferracutus eiecit ictum spata sua super Rotholandum. » Le traducteur a mal rendu cette phrase. Il dit le contraire en mettant « li geans » au cas sujet et fait croire que c’est le géant qui attaqua le premier.
  2. Il, « le Fils de la Vierge ».
  3. Il se sordi, il se souleva, latin « erexit se ».