maître l’aurait-il été ? On peut être sceptique sans être médecin, et médecin, même empirique, sans être sceptique. Ni historiquement, ni logiquement, le scepticisme ne dérive de l’empirisme, et l’empirisme ne dérive pas non plus du scepticisme[1]. Les deux doctrines ont dû se développer parallèlement : ce n’est que sur le tard qu’elles se sont aperçues de leurs affinités, et se sont unies. Nous montrerons même que, pour des raisons de pure doctrine, le scepticisme d’Ænésidème doit être distingué de celui des médecins. Aussi, conclurions-nous volontiers qu’Héraclide le sceptique n’est ni de Tarente, ni d’Érythrée. C’est un personnage dont on ne sait que le nom, à la manière de Sarpédon et de Zeuxippe ; et tous nos efforts pour le tirer de son obscurité sont parfaitement vains.
Ænésidème succéda à Héraclide. Nous reviendrons plus loin sur ce philosophe, le plus grand nom peut-être de l’école sceptique.
Il eut pour successeur Zeuxippe de Polis[2], dont nous ne savons rien, et qui fut lui-même remplacé par Zeuxis. Diogène[3] nous apprend que ce philosophe avait connu Ænésidème et composé un livre : Περὶ διττῶν λόγων. Ce titre donne à penser que, comme bien d’autres sceptiques, il exposait le pour et le contre sur divers sujets, de manière à conclure à l’isosthénie, c’est-à-dire à l’égale valeur des thèses contradictoires, et par suite à l’impossibilité de rien affirmer.
Au sujet de Zeuxis, une question se pose, analogue à celle que nous avons rencontrée à propos d’Héraclide. On connaît
- ↑ Sextus, après avoir déclaré que la doctrine des médecins méthodiques a plus d’affinité avec le scepticisme que la médecine empirique, ajoute que cette affinité même n’a rien d’absolu, et qu’on peut la constater seulement par la comparaison des théories : ce qui semble bien vouloir dire qu’elles se sont produites isolément, en pleine indépendance, et que le rapprochement ne peut avoir lieu qu’après coup. (P., I, 241 : … καὶ ὡς πρὸς συγκρισιν ἐκείνων οὐχ ἁπλῶς ῥητέον ἐκ τούτων καὶ τῶν παραπλησίων τούτοις τεκραιρομένοις.)
- ↑ Cobet écrit Ζεύξιππος ὁ πολίτης au lieu de ὁ Πολίτης, faisant ainsi de Zeuxippe un concitoyen d’Ænésidème. On fait observer que, pour que cette leçon fût légitime, il faudrait qu’on pût lire ὁ πολίτης αὐτοῦ.
- ↑ IX, 106.