Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/289

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Malgré toute l’autorité de Zeller, nous ne pouvons accepter cette hypothèse. Comment comprendre que Sextus , d’ordinaire très exact, ait accueilli à la légère et sans songer à la contrôler, une opinion qui attribuait à Tun des chefs de l’école sceptique une véritable défection? Mais surtout comment concilier cette hypothèse avec le passage où Sextus dit en propres termes qu’Anésidème regardait le scepticisme comme un achemine- ment vers l’héraclitéisme ? 11 n’est pas possible que ce soit là une explication que Sextus se serait donnée à lui-même : c’est le langage même d’^nésidème. Il faut donc renoncer à récuser simplement les textes où y£nésidème nous est présenté comme un dogmatiste.

L’espoir de concilier des textes, à première vue si incon- ciliables, devait tenter quelque esprit ingénieux et subtil. Dans une très intéressante et forte étude sur le scepticisme dans l’anti- quité, Natorp^^) a entrepris cette tâche difficile. Pour l’honneur d’iEnésidème et de Sextus , Natorp ne peut admettre ni que l’un se soit si ouvertement contredit, ni que l’autre ait été le scribe inintelligent et étourdi que supposent Ed. Zeller et Diels. Il sou- tient que tout en proclamant avec Heraclite la coexistence des contraires dans les mêmes objets, yEnésidème n’a pas cessé d’être sceptique. En effet, ce n’est pas dans les choses mêmes, au sens dogmatique du mot^^\ que les contraires coexistent, c’est seule- ment dans les apparences, dans les phénomènes. Déjà Prota-

(*) Untertuchungen ûberdie Sceptis imAlterthum (Rheiniscbes Muséum, t. XXXVIII, i883). Cette étude a été reproduite dans Touvrage déjà cité : Forschungen zur Getchichte den ErhetmtniêïïprMem» im Alt$rthum, BeriiD, Hertz, i884. Une opinion analogue a été ausû défendue presque en même temps par Hirzd, op. cit.

^’) Pour justifier cette différence, Hirzel insiste sur le passage de Sextus, ill., VIII, 8, où AEnésidème dit seulement que les phénomènes sont akuBfi^ tandis qu^Épicure, qui est dogmatiste, appelle les choses sensibles àXifii^ nak 6vxau Mais cette différence d^expression n’a pas la portée que lui prête Hirzel : les mots employés par Épicure sont uniquement destinés à expliquer la définition de la vérité qui va suivre. Et si, dans la pensée de Sextus, la théorie d’Anésidème avait un sens purement phénoméniste, comment comprendre qu’il Teût placée entre deux thèses tout à fait dogmatiques, celle de Platon et celle d’Ëpicure? L’argument fondé sur l'étymologie du mot dXndég (jà fii| ^îfdop) nous parait aussi bien subtil et peu probant.