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286 LIVRE IIL — CHAPITRE IV.

Il y a plus : on peut concevoir qu'en adhérant au dogmatisme héraclitéen , y£nésidènie ait prétendu conserver, en ce qu'elles avaient d'essentiel , ses idées sceptiques ^^K Tous les arguments exposés ci-dessus ont pour but d*établir que la chose en soi, la réalité dégagée de tout rapport avec Tesprit ou avec d'autres choses, est inconnaissable. Que dit-il à présent avec Heraclite? Que la chose en soi, la réalité n'est pas ceci plutAt que cela, mais qu elle est tout à la fois , qu'en elle les contraires s'identi- fient. Par suite, il reste vrai qu'on n'en peut rien dire. Dans l'héraclitéisme , comme dans le pyrrhonisme, ce que le sage a de mieux à faire, dans chaque cas particulier, c'est de ne rien a£Brmer. En se ralliant au dogmatisme héracUtéen , iEnésidème n'abandonne aucune des thèses qu'il avait précédemment sou- tenues; il reste vrai que nous ne connaissons pas la vérité en soi, les causes réelles, et qu'il n'y a point de démonstration pos- sible. Mais ces thèses , d'abord isolées dans la période pyrrho- nienne,sont réunies et forment un tout dans la nouvelle doctrine qu'adopte le sceptique converti. 11 n'y a point de science : voilà ce qu'il avait dit d'abord. U sait plus tard pourquoi il n'y a pas de science.

C'est à peu près ce qu'un autre sceptique, disciple lui aussi d'Heraclite, avait soutenu. On a vu ci-dessus ^^^ comment, suivant Protagoras, l'intelligence humaine, suivant le point de vue où elle est placée, découpe, pour ainsi dire, dans la réalité dos parties différentes, qu'elle voit à l'exclusion des autres, égale- ment existantes pourtant, et réelles au même titre. Qu'y aurait-il d'étonnant si, après avoir été sceptique comme Pyrrhon,.€nési- dème était devenu sceptique comme Protagoras ?

Qu'on ne dise pas qu'il y aurait là une sorte de retour en arrière et une substitution d'une doctrine plus faible à uno doctrine plus forte. Si, en un sens, la réserve pyrrhonienne,qui interdit de rien affirmer, est logiquement plus satisfaisante, et

^*) Cf. Brandis, Getchichte der Entwickelungen der griechischen PhiUnophii, l. Il, p. 307 (Berlin, Reimer, i864). W P. lû. V. Sen.,P.,I, 3i8.

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