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Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/428

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CONCLUSION.

nom qu’on veuille l’appeler, sentiment ou volonté, et cela est vrai de toutes les formes de la certitude. En admettant que la certitude se produise nécessairement en présence de la vérité, à tout le moins nous accordera-t-on qu’il s’agit ici non d’une nécessité logique, mais, comme le disait Descartes, d’une nécessité morale, qui laisse un certain jeu à ce facteur personnel, sans lequel il n’y a pas de certitude complète. Bref, l’adhésion donnée à une idée est autre chose que cette idée : nous mettons toujours du nôtre dans nos croyances, même certaines. C’est un point que les sceptiques ont contribué à mettre en lumière, mais que leurs adversaires leur accordaient. Mais ce n’est pas là, pour la question qui nous occupe, l’essentiel : qu’on distingue ou non la certitude de la vérité, la grande affaire est de définir la vérité.

On la définit d’ordinaire l’accord de nos idées avec les choses, la conformité de nos idées aux choses. Le moindre des inconvénients de cette définition, c’est qu’elle ne peut être acceptée de tout le monde. Elle affirme tout de suite qu’il y a des choses distinctes de l’esprit et qu’on peut les connaître : c’est ce que les idéalistes n’accorderont pas. Cette définition est une pétition de principe. D’ailleurs, quelle notion précise peut-on se faire de cet accord, de cette conformité entre des choses aussi hétérogènes que nos idées, et une réalité qu’on s’efforce de concevoir en dehors de toute relation avec nos idées ? Enfin, la définition de la vérité est équivoque. À quoi dirons-nous que les idées mathématiques sont conformes ? Non pas assurément aux choses réelles, car tout le monde accorde qu’il n’y a pas, dans la réalité, de points sans dimension, de lignes sans épaisseur. Les objets des mathématiques sont des concepts, c’est-à-dire des idées. Si on les appelle des choses, il y aura des choses qui ont une existence idéale, et d’autres qui sont de vraies choses. Remplacera-t-on le mot chose par le terme plus vague d’objet ? Mais, ou bien ce mot désigne une réalité, une chose indépendante de la pensée, et on retombera dans les difficultés précédentes ; ou bien on désignera par là un des termes corrélatifs