Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/438

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Qu'on veuille bien le remarquer, en définissant ainsi le dogmatisme, ce n’est pas un plan idéal que nous traçons, un vœu que nous exprimons, c’est une réalité que nous décrivons. Le doute universel a disparu : la science est constituée de manière à défier toute attaque. C’est le dogmatisme inébranlable, fondé sur l’accord unanime de tous, qui a définitivement vaincu le scepticisme.

Est-ce trop peu? De vastes espérances s’ouvrent devant nous, qui peuvent séduire les esprits épris de certitude absolue. Les rapports de plus en plus étroits de la physique et des mathématiques, la réduction, chaque jour plus sûrement accomplie, des phénomènes physiques à des mouvements, permettent d’ofes et déjà de prévoir le jour ou le rêve de Descartes sera réalisé, oii l’esprit pourra reconstruire le monde a priori. En supposant cette tâche accomplie, l'ancien dogmatisme sera-t-il reconstitué ? Nous en doutons, pour notre part, car, à l’origine de cette série de déductions, on trouvera toujours certaines données qu’on constatera soit comme des faits, soit comme des actes accomplis par une volonté suprême : la pensée ne saurait tout expUquer. Mais, après tout, cela n’est pas sûr, et il ne faut, conmie disaient les sceptiques, décourager personne. Mais, si la science parfaite peut un jour être atteinte, c’est une espérance qu’il faut ajourner : on Ta compromise à vouloir la réaliser trop tôt. Pour le présent et pour longtemps encore, la vérité, en ce qui concerne le monde , renfermera encore quelque chose d’imparfait et de provisoire : elle ne sera qu’une hypothèse vérifiée.

Si la science positive se contente de cette sorte de certitude qu’on appelait jadis probabilité, il serait téméraire de penser que la métaphysique puisse s’élever plus haut. Elle aussi procède par conjecture, par hypothèse, par divination. Son infériorité à l’égard de la science , c’est qu’elle n’a pas les moyens de vérifier directement, de contrôler par l’expérience ses hypothèses: c’est pourquoi il convient de réserver le nom de certitude aux hypothèses vérifiées et de donner le nom de croyances aux vérités métaphysiques. Toutefois, il ne faut rien exagérer. Si par