Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/109

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voyons, Paul, avez-vous été voir notre bonne tante ? Ce sera sa fête dans six jours ; il faudra lui écrire un compliment. Elle est si bonne !

— Je ne l’aime pas beaucoup, moi, ma tante ! Elle m’a donné, l’autre fois, de vieux bonbons du dessert, au lieu, enfin, d’un vrai cadeau : soit une jolie bourse, soit des petites pièces pour mettre dans ma tirelire.

— Paul, Paul, ce n’est pas bien. Il faut être toujours bien aimant avec elle et la ménager. Elle est vieille et elle nous laissera, aussi, un peu d’argent…

— C’est vrai. Oh ! Virginie, entends-tu ce rossignol ?

— Paul, prenez bien garde de me tutoyer quand nous ne serons pas seuls.

— Ma cousine, puisque nous devons nous marier ! D’ailleurs, je ferai attention. Mais comme c’est joli, le rossignol ! Quelle voix pure et argentine !

— Oui, c’est joli, mais ça empêche de dormir. Il fait très doux, ce soir : la lune est argentée, c’est beau.

— Je savais bien que vous aimiez la poésie, ma cousine.

— Oh ! oui ! la Poésie !… j’étudie le piano.

— Au collège, j’ai appris toutes sortes de beaux vers pour vous les dire, ma cousine ; je sais presque tout Boileau par cœur. Si vous voulez, nous irons souvent à la campagne quand nous serons mariés, dites ?

— Certainement, Paul ! D’ailleurs, maman me donnera, en dot, sa petite maison de campagne où il y a une ferme : nous irons là, souvent, passer l’été. Et nous agrandirons cela un peu, si c’est possible. La ferme rapporte aussi un peu d’argent.