Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/127

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rerie !) du punch glacé, car nous avions résolu de nous griser comme des pairs.

Depuis une minute, je regardais le baron Saturne. Il paraissait impatient, inquiet. Je le vis tirer sa montre, donner un brillant à Antonie et se lever.

— Par exemple, seigneur des lointaines régions, m’écriai-je, à cheval sur une chaise et entre deux flocons de cigare, — vous ne songez pas à nous quitter avant une heure ? Vous passeriez pour mystérieux, et c’est de mauvais goût, vous le savez !

— Mille regrets, me répondit-il, mais il s’agit d’un devoir qui ne peut se remettre et qui, désormais, ne souffre plus aucun retard. Veuillez bien recevoir mes actions de grâces pour les instants si agréables que je viens de passer.

— C’est donc, vraiment, un duel ? demanda, comme inquiète, Antonie.

— Bah ! m’écriai-je, croyant, effectivement, à quelque vague querelle de masques, — vous vous exagérez, j’en suis sûr, l’importance de cette affaire. Votre homme est sous quelque table. Avant de réaliser le pendant du tableau de Gérôme où vous auriez le rôle du vainqueur, celui d’Arlequin, envoyez le chasseur à votre place, au rendez-vous, savoir si l’on vous attend : en ce cas, vos chevaux sauront bien regagner le temps perdu !

— Certes ! appuya C***, tranquillement. Courtisez plutôt la belle Susannah qui se meurt à votre sujet ; vous économiserez un rhume, — et vous vous en