Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/137

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du pays, fut l’un des plus ardents zélateurs de toute cette atrocité. L’exécution des deux chefs de la sédition fut d’une plus stricte horreur. Ils furent condamnés d’abord — à se voir arracher toutes les dents par des tenailles, puis à l’enfoncement de ces mêmes dents en leurs crânes, rasés à cet effet, — et ceci de manière à y former les initiales persanes du nom glorieux du successeur de Feth-Ali-shah. — Ce fut encore notre amateur qui, moyennant un lac de roupies, obtint de les exécuter lui-même et avec la gaucherie compassée qui le distingue. — (Simple question : quel est le plus insensé de celui qui ordonne de tels supplices ou de celui qui les exécute ? — Vous êtes révoltés ? Bah ! Si le premier de ces deux hommes daignait venir à Paris, nous serions trop honorés de lui tirer des feux d’artifice et d’ordonner aux drapeaux de nos armées de s’incliner sur son passage, — le tout, fût-ce au nom des « immortels principes de 89. » Donc, passons). — S’il faut en croire les rapports des capitaines Hobbs et Egginson, les raffinements que sa monomanie croissante lui suggéra, dans ces occasions, ont surpassé, de toute la hauteur de l’Absurde, celles des Tibère et des Héliogabale, — et toutes celles qui sont mentionnées dans les fastes humains. Car, ajouta le docteur, un fou ne saurait être égalé en perfection sur le point où il déraisonne.

Le docteur Les Eglisottes s’arrêta et nous regarda, tour à tour, d’un air goguenard.

À force d’attention, nous avions laissé nos cigares s’éteindre pendant ce discours.