Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/226

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Relevant la tête : — « Mes enfants, dit-il, c’est impossible ! Il ne s’agit pas de nous… Il y a malentendu… C’est un quiproquo… Courons, avec nos lanternes sourdes, pour porter secours aux pauvres blessés… Le bruit vient de la grand’route. »

Ils arrivèrent donc, avec mille précautions, en écartant les fourrés, sur le lieu du sinistre, — dont la lune, maintenant, éclairait l’horreur.

Le dernier bourgeois survivant, dans sa hâte à recharger son arme brûlante, venait de se faire sauter lui-même la cervelle, sans le vouloir, par inadvertance.

À la vue de ce spectacle formidable, de tous ces morts qui jonchaient la route ensanglantée, les brigands, consternés, demeurèrent sans parole, ivres de stupeur, n’en croyant par leurs yeux. Une obscure compréhension de l’événement commença, dès lors, à entrer dans leurs esprits.

Tout à coup le chef siffla et, sur un signe, les lanternes se rapprochèrent en cercle autour du ménétrier.

— Ô mes bons amis ! grommela-t-il d’une voix affreusement basse — (et ses dents claquaient d’une peur qui semblait encore plus terrifiante que la première), — ô mes amis !… Ramassons, bien vite, l’argent de ces dignes bourgeois ! Et gagnons la frontière ! Et fuyons à toutes jambes ! Et ne remettons jamais les pieds dans ce pays-ci !

Et, comme ses acolytes le considéraient, béants et les pensers en désordre, il montra du doigt les cada-