Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/252

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pérature des Samoyèdes, rien n’a prévalu ! — Allons ! Il paraît, décidément, que je suis un personnage taciturne et morose ! Mais il faut aussi que, sous une apparence nerveuse, je sois, comme on dit, bâti à chaux et à sable, pour me trouver encore à même, après tant de soins, de pouvoir contempler les étoiles.

Ce soir-là donc, une fois dans ma chambre, en allumant un cigare aux bougies de la glace, je m’aperçus que j’étais mortellement pâle ! et je m’ensevelis dans un ample fauteuil, vieux meuble en velours grenat capitonné où le vol des heures, sous mes longues songeries, me semble moins lourd. L’accès de spleen devenait pénible jusqu’au malaise, jusqu’à l’accablement ! Et, jugeant impossible d’en secouer les ombres par aucune distraction mondaine, — surtout au milieu des horribles soucis de la capitale, — je résolus, par essai, de m’éloigner de Paris, d’aller prendre un peu de nature au loin, de me livrer à de vifs exercices, à quelques salubres parties de chasse, par exemple, pour tenter de diversifier.

À peine cette pensée me fut-elle venue, à l’instant même où je me décidai pour cette ligne de conduite, le nom d’un vieil ami, oublié depuis des années, l’abbé Maucombe, me passa dans l’esprit.

— L’abbé Maucombe !… dis-je, à voix basse.

Ma dernière entrevue avec le savant prêtre datait du moment de son départ pour un long pèlerinage en Palestine. La nouvelle de son retour m’était parvenue autrefois. Il habitait l’humble presbytère d’un petit village en basse Bretagne.