Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/264

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Tout à coup, le prêtre éleva le bras, avec lenteur, vers moi. Il me présentait une chose lourde et vague. C’était un manteau. Un grand manteau noir, un manteau de voyage. Il me le tendait, comme pour me l’offrir !…

Je fermai les yeux, pour ne pas voir cela. Oh ! je ne voulais pas voir cela ! Mais un oiseau de nuit, avec un cri affreux, passa entre nous et le vent de ses ailes, m’effleurant les paupières, me les fit rouvrir. Je sentis qu’il voletait par la chambre.

Alors, — et avec un râle d’angoisse, car les forces me trahissaient pour crier, — je repoussai la porte de mes deux mains crispées et étendues et je donnai un violent tour de clef, frénétique et les cheveux dressés !

Chose singulière, il me sembla que tout cela ne faisait aucun bruit.

C’était plus que l’organisme n’en pouvait supporter. Je m’éveillai. J’étais assis sur mon séant, dans mon lit, les bras tendus devant moi ; j’étais glacé ; le front trempé de sueur ; mon cœur frappait contre les parois de ma poitrine de gros coups sombres.

— Ah ! me dis-je, le songe horrible !

Toutefois, mon insurmontable anxiété subsistait. Il me fallut plus d’une minute avant d’oser remuer le bras pour chercher les allumettes : j’appréhendais de sentir, dans l’obscurité, une main froide saisir la mienne et la presser amicalement.

J’eus un mouvement nerveux en entendant ces allumettes bruire sous mes doigts dans le fer du chandelier. Je rallumai la bougie.