Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/283

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— Oubliez-moi, cependant ! Il le faut, monsieur.

— Mais vous êtes devenue, en un instant, le battement de mon cœur ! Est-ce que je puis vivre sans vous ? Le seul air que je veuille respirer, c’est le vôtre ! Ce que vous dites, je ne le comprends plus : vous oublier… comment cela ?

— Un terrible malheur m’a frappée. Vous en faire l’aveu serait vous attrister jusqu’à la mort, c’est inutile.

— Quel malheur peut séparer ceux qui s’aiment !

— Celui-là.

En prononçant cette parole, elle ferma les yeux.

La rue s’allongeait, absolument déserte. Un portail donnant sur un petit enclos, une sorte de triste jardin, était grand ouvert auprès d’eux. Il semblait leur offrir son ombre.

Félicien, comme un enfant irrésistible, qui adore, l’emmena sous cette voûte de ténèbres en enveloppant la taille qu’on lui abandonnait.

L’enivrante sensation de la soie tendue et tiède qui se moulait autour d’elle lui communiqua le désir fiévreux de l’étreindre, de l’emporter, de se perdre en son baiser. Il résista. Mais le vertige lui ôtait la faculté de parler. Il ne trouva que ces mots balbutiés et indistincts :

— Mon Dieu, mais, comme je vous aime !

Alors cette femme inclina la tête sur la poitrine de celui qui l’aimait et, d’une voix amère et désespérée :

— Je ne vous entends pas ! je meurs de honte ! Je