Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/312

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approches du moment qu’il juge psychologique, vous introduit dans les oreilles deux fils d’induction tout particulièrement enduits, préparés et saturés d’un fluide positif dont il a le secret. — Chut ! ne bougeons plus !… Il touche l’interrupteur d’une pile voisine ; l’étincelle part dans votre oreille. Trente mille cymbales résonnent sous votre crâne. Les crampons et le fauteuil retiennent le bond terrible dont vous savourez, intérieurement, l’élan contenu.

— Eh bien ! — Quoi ?… quoi ?… quoi ?… ne cesse de vous répéter, en souriant, le Docteur.

Seconde étincelle. Crac ! Cela suffit. Victoire !… Le tympan est crevé, — c’est-à-dire ce point mystérieux, ce point malade, ce point inquiétant qui, dans le tympan de votre misérable oreille, apportait à votre esprit ces bourdonnements de gloire, d’honneur et de courage. — Vous êtes sauvé. Vous n’entendez plus rien. Miracle ! L’Abstraction et la Queue-de-mot couvrent, en vous, tous cris de colère devant le vieil Idéal assassiné ! L’amour exclusif de votre santé et de vos aises vous inspire un mépris éclairé de toutes les offenses ! vous voici, désormais, à l’épreuve de dix mille claques. — Enfin !!! Vous respirez. Chavassus vous délivre une pichenette sur le nez, en signe de guérison ; vous vous levez ; — vous êtes LIBRE…

Si vous appréhendez quelques puérils regains de dignité, si, en un mot, vous doutez encore, le Docteur Tristan, tout en mâchonnant son cure-dents, détache, à la chute de vos lombes, un fort coup de pied, que vous recevez d’un cœur débordant de gratitude et en