Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/75

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plaisantins faisant la parade sur quelque tréteau de journal et versé dans l’art de tourner en dérision les traditions les plus sacrées, sans doute il vous répondra quelque chose comme ceci :

— Une Machine à Gloire, dites-vous ?… Au fait, il y a bien une machine à vapeur ? — et la gloire, elle-même, est-elle autre chose qu’une vapeur légère ? — qu’une… sorte de fumée ?… qu’une… »

Naturellement, vous tournerez le dos à ce misérable jeannin, dont les paroles ne sont qu’un bruit de la langue contre la voûte palatale.

Adressez-vous à un poète, voici, à peu près, l’allocution qui s’échappera de son noble gosier :

— « La Gloire est le resplendissement d’un nom dans la mémoire des hommes. Pour se rendre compte de la nature de la gloire littéraire, il faut prendre un exemple.

« Ainsi, nous supposerons que deux cents auditeurs sont assemblés dans une salle. Si vous prononcez, par hasard, devant eux le nom de : « Scribe » (prenons celui-là), l’impression électrisante que leur causera ce nom peut, d’avance, être traduite par la série d’exclamations suivante (car tout le monde actuel connaît son Scribe) :

— Cerveau compliqué ! Génie séduisant ! — Fécond dramaturge — Ah ! oui, l’auteur de l’Honneur et l’Argent ?… Il a fait sourire nos pères !

— « Scribe ? — Uïtt !… Peste !!! Oh ! oh !

— « Mais !… Sachant tourner le couplet ! — Profond, sous un aspect riant ?… En voilà un qui laissait