Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/81

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même ? La preuve en est sa présence même au Théâtre. Il n’est là que pour tâcher de se distraire, le malheureux ! Et pour essayer de se fuir lui-même ! De sorte que dire cela, c’est, au fond, ne rien dire. Qu’est-ce que cela fait à la Claque que le Public en soit ennuyé ? Il la supporte, la stipendie et se persuade qu’elle est nécessaire, « au moins pour les comédiens ». Passons.

3° La Claque est tombée en désuétude ? — Simple question : Quand donc fut-elle jamais plus florissante ? — Faut-il forcer le rire ? Aux passages qui veulent être spirituels et qui vont faire long feu, on entend, tout à coup, dans la salle, le petit susurrement d’un rire étouffé et contenu, comme celui qui contracte un diaphragme surchargé par l’ivresse d’une impression comique irrésistible. Ce petit bruit suffit, parfois, pour faire partir toute une salle. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et comme on ne veut pas avoir ri pour rien ni s’être laissé « entraîner » par personne, on avoue que la pièce est drôle et qu’on s’y est amusé : ce qui est tout. Le monsieur qui a fait ce bruit coûte à peine un napoléon. — (La Claque.)

S’agit-il de pousser jusqu’à l’ovation quelque murmure approbatif échappé, par malheur, au public ? — Rome est toujours là. Il y a le « Oua-Ouaou ».

Le Oua-Ouaou, c’est le bravo poussé au paroxysme ; c’est un abréviatif arraché par l’enthousiasme, alors que, transporté, ravi, le larynx oppressé, on ne peut plus prononcer du mot italien « bravo » que le cri guttural Oua-Ouaou. Cela commence, tout douce-