Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/99

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


les navires de passage à quelques lieues du cap de Portland virent le manoir illuminé.

Oh ! ce n’était pas la première des fêtes nocturnes offertes, à chaque saison, par le lord absent !

Et l’on en parlait, car leur sombre excentricité touchait au fantastique, le duc n’y assistant pas.

Ce n’était pas dans les appartements du château que ces fêtes étaient données. Personne n’y entrait plus ; lord Richard, qui habitait, solitairement, le donjon même, paraissait les avoir oubliés.

Dès son retour, il avait fait recouvrir, par d’immenses glaces de Venise, les murailles et les voûtes des vastes souterrains de cette demeure. Le sol en était maintenant dallé de marbres et d’éclatantes mosaïques. — Des tentures de haute lice, entr’ouvertes sur des torsades, séparaient, seules, une enfilade de salles merveilleuses où, sous d’étincelants balustres d’or tout en lumières, apparaissait une installation de meubles orientaux, brodés d’arabesques précieuses, au milieu de floraisons tropicales, de jets d’eau de senteur en des vasques de porphyre et de belles statues.

Là, sur une amicale invitation du châtelain de Portland, « au regret d’être absent, toujours, » se rassemblait une foule brillante, toute l’élite de la jeune aristocratie de l’Angleterre, des plus séduisantes artistes ou des plus belles insoucieuses de la gentry.

Lord Richard était représenté par l’un de ses amis d’autrefois. Et il se commençait alors une nuit princièrement libre.

Seul, à la place d’honneur du festin, le fauteuil du