Page:Villiers de L'Isle-Adam - L’Ève future, 1909.djvu/383

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ficiel a donc racheté l’Artificiel ! celle qui fut abandonnée, trahie pour l’amour dégradant et obscène, s’est grandie en une vision capable d’inspirer l’amour sublime ! celle que frappa, dans ses espérances, dans sa santé, dans sa fortune, le contre-coup d’un suicide, a détourné d’un autre le suicide. Prononcez, maintenant, entre l’ombre et la réalité. Pensez-vous qu’une telle illusion puisse vous retenir en ce monde ― et vaille la peine de vivre ?

Pour toute réponse, lord Ewald se leva : puis, tirant d’un étui d’ivoire un admirable petit pistolet de poche et l’offrant à Edison :

― Mon cher enchanteur, dit-il, permettez-moi de vous laisser un souvenir de toute cette radieuse aventure inouïe ! Vous l’avez bien gagné ! Je vous rends les armes.

Edison, se levant aussi, prit l’arme, en fit jouer la batterie pensivement, puis étendit le bras vers la nuit de la croisée ouverte.

― Voici une balle ― que j’envoie donc au Diable, s’il existe, ― et, dans cette hypothèse, j’incline à penser qu’il est dans les environs.

― Ah ! ah ! comme dans le Freyschütz ! murmura lord Ewald qui ne put s’empêcher de sourire à cette boutade du grand électricien.

Celui-ci fit feu sur l’obscurité.

― Touché ! cria, dans le parc, une voix extraordinaire.

― Qu’est-ce donc ? demanda le jeune lord, un peu surpris.

― Rien. C’est un de mes anciens phonographes qui s’amuse ! répondit Edison continuant son énorme plaisanterie.