Page:Villiers de L'Isle-Adam - L’Ève future, 1909.djvu/385

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encore jeune, bien que sa belle chevelure noire se brillantât d’argent autour des tempes, apparut. Le visage, aux traits sévères et charmants, d’un ovale pur, exprimait une sorte de tranquillité surnaturelle. La main pendante sur le tapis tenait l’embouchure, ― entourée d’une espèce de masque rembourré de ouate, ― d’un électrophone : si elle y parlait, nul, fût-ce auprès d’elle, ne pouvait l’entendre.

― Ah ! Sowana, dit Edison, ― voici donc la première fois que la Science aura prouvé qu’elle pouvait guérir l’Homme… même de l’amour !

Comme la voyante ne répondait pas, l’électricien lui prit la main : la main, glacée, le fit tressaillir : il se pencha ; le pouls ne battait plus, le cœur était immobile.

Pendant de longues minutes il multiplia, autour du front de l’endormie, les magnétiques passes du réveil : ― vainement.

Edison s’aperçut, au bout d’une heure d’anxiété et d’efforts de volition devenus stériles, que celle qui semblait dormir avait définitivement quitté le monde des humains.


XV


Fatum


Pœnituit antem Deus quód hominem fecisset in terra et, tactus dolore cordis intrinsecùs : Delebo, inquit, hominem !
Genèse.


Environ trois semaines après ces événements, M. Edison, n’ayant reçu ni lettres ni dépêches de lord Ewald, commençait à s’inquiéter de ce silence.