Page:Villiers de L’Isle-Adam - Axël, 1890.djvu/166

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cées, — hostiles, dès lors, à ces noms mêmes qu’elles avaient l’air d’usurper sur ta langue pour m’abuser, — je ne ressentais d’elles, en tes dires dénués de leurs images réelles, qu’une odeur de cœur desséché, qu’une impression de cadavérique impudeur d’âme, que le sourd avertissement d’une constante arrière-pensée de perfidie. Et, ce triple élément, constituant, à mes yeux, l’air interne, exclusivement pour toi respirable, de ton hybride, ambiguë, éteinte et tortueuse entité, tes paroles ne résonnaient que… comme des vocables troubles, ne traduisant que l’atrophie innée en toi, des choses mêmes dont ils prétendaient me suggérer le désir. En sorte que, sous les captieux voiles de ta causerie ainsi brodée de ces beaux mots-spectres, sache que toi seul, — morne et chatoyant convive ! — m’es apparu.

Kaspar d’Auërsperg, les sourcils à peine froncés, mais le visage très blême, continue de regarder Axël, sans décroiser les bras, en silence.

Cependant, que m’importait ! Étais-je donc ton juge ! Avais-je à te condamner ? à t’absoudre ? — Voici, d’ailleurs, que l’heure sonnait, pour le chambellan, d’aller reprendre sa chaîne, de s’en retourner vers ses… plaisirs, — de délivrer ma solitude, en un mot, de son ombre insignifiante.