Page:Villiers de L’Isle-Adam - Isis, 1862.djvu/122

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particulières de toutes ces observations jusqu’à la question philosophique, cela fut l’œuvre de quelques mois pour sa redoutable intelligence.

Un soir, déterminée à penser par elle-même, elle ferma ses lourds volumes de métaphysique et s’accouda, comme toujours, sur sa table d’études.

— Sphinx !… ô toi, le plus ancien des dieux !… murmura la belle vierge prométhéenne, je sais que ton royaume est semblable à des steppes arides et qu’il faut longtemps marcher dans le désert pour arriver jusqu’à toi. L’ardente abstraction ne saurait m’effrayer ; j’essaierai. Les prêtres, dans les temples d’Égypte, plaçaient, auprès de ton image la statue voilée d’Isis, la figure de la Création ; sur le socle, ils avaient inscrit ces paroles : « Je suis ce qui est, ce qui fut, ce qui sera : personne n’a soulevé le voile qui me couvre. » Sous la transparence du voile, dont les couleurs éclatantes suffisaient aux yeux de la foule, les initiés pouvaient seuls pressentir la forme de l’énigme de pierre, et, par intervalles, ils le surchargeaient encore de plis diaprés et mystérieux pour mettre de plus en plus le regard des hommes dans l’impuissance de la