Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 8.djvu/390

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cesse les sorties des gens de Toulouse le contraignent à passer le fleuve pour secourir le premier camp. Il s’aperçoit enfin que ses troupes sont trop mal protégées, qu’elles n’ont, sur une longue ligne d’investissement, qu’un seul point d’appui, le château Narbonnais.

Devenu maître de la tête du pont, après que celui-ci a été enlevé par la crue de la Garonne, il se décide à convertir l’hôpital qui l’avoisine en une forteresse, « avec lices et créneaux, mur de défense, palissades extérieures, abatis d’arbres, profonds fossés tout autour remplis d’eau ». Du côté du fleuve, le comte projette une levée de terre qui lui permettra de lancer des projectiles sur les barques qui viennent approvisionner la ville ; du côté de la Gascogne, il jettera un pont sur le fossé avec escalier. Cependant voici les nautoniers et les bourgeois de Toulouse qui traversent la Garonne sur des barques et viennent combattre les ouvriers, les défenseurs de la tête du pont. Toute l’attaque et la défense se portent sur ce point. La partie du pont tenant encore à la ville est munie d’une tour, les Français s’en emparent ; les Toulousains l’assaillent par eau, par terre. Au bout du pont, du côté de la ville, ils ont dressé une pierrière qui bat si bien cette tour restée en flèche, que les gens du comte sont obligés de l’abandonner et y mettent le feu. Une autre fois, voici cent soixante-trois Brabançons et Thiois qui, sortant de Toulouse, passent le fleuve et vont attaquer les postes des Français établis le long de l’eau. Les prenant à revers, ils les jettent dans la Garonne et s’en reviennent dans leurs bateaux.

Dans les parlements que tient le comte de Montfort avec les seigneurs croisés, il se plaint sans cesse de la pénurie d’argent où il se trouve ; il les adjure de brusquer ce siège. — « Mais, lui répond un jour Amaury, vous n’attaquerez jamais les défenseurs de la ville tant de fois en un jour que vous ne les trouviez hors des lices, en pleine campagne, et jamais vous ne les enclorez dans la cité. »

La gate est enfin terminée. On la pousse vers les remparts ; elle est si fort endommagée par les projectiles des trébuchets des assiégés, que les gens qui la remplissent n’osent s’y maintenir. Alors, devant cet engin que gardent les assiégeants pour pouvoir le réparer et s’en servir avec plus de succès, les Toulousains élèvent dans les lices un rempart épais en maçonnerie. Les femmes, les enfants travaillaient sans relâche à cette œuvre pendant que les Français font décliquer leurs machines et envoient force pierres et traits.

On a renforcé la gate, on l’a munie de nouveaux ferrements ; les compagnies de chevaliers y sont rentrées. Devant elle les défenses se sont augmentées en face, en flanc ; elles sont merveilleusement garnies d’hommes armés. Les fossés sont défendus par des palissades ; en arrière, les murs sont protégés par des hourds nouvellement dressés. Des deux côtés on se prépare à une action décisive. Les gens de Toulouse commencent l’attaque : ils sortent de toutes parts contre la gate ; en bateaux, contre les défenses de la rive gauche ; à la plaine de Montolieu, contre