Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome13.djvu/357

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1220. Il va en Italie chercher cet empire que Frédéric Barberousse n’avait pu saisir. Milan d’abord lui ferme ses portes comme à un petit-fils de Barberousse, dont les Milanais détestaient la mémoire. Il souffre cet affront, et va se faire couronner à Rome. Honorius III exige d’abord que l’empereur lui confirme la possession où il est de plusieurs terres de la comtesse Mathilde, Frédéric y ajoute encore le territoire de Fondi. Le pape veut qu’il renouvelle le serment d’aller à la Terre Sainte, et l’empereur fait ce serment ; après quoi il est couronné avec toutes les cérémonies humbles ou humiliantes de ses prédécesseurs. Il signale encore son couronnement par des édits sanglants contre les hérétiques. Ce n’est pas qu’on en connût alors en Allemagne, où régnait l’ignorance avec le courage et le trouble : mais l’Inquisition venait d’être établie[1] à l’occasion des Albigeois, et l’empereur, pour plaire au pape, fit ces édits cruels par lesquels les enfants des hérétiques sont exclus de la succession de leurs pères.

Ces lois, confirmées par le pape, étaient visiblement dictées pour justifier le ravissement des biens ôtés par l’Église et par les armes à la maison de Toulouse dans la guerre des Albigeois. Les comtes de Toulouse avaient beaucoup de fiefs de l’empire, Frédéric voulait donc absolument complaire au pape. De telles lois n’étaient ni de son âge ni de son caractère. Auraient-elles été de son chancelier Pierre des Vignes, tant accusé d’avoir fait le prétendu livre des Trois Imposteurs, ou du moins d’avoir eu des sentiments que le titre du livre suppose ?

1221-1222-1223-1224. Dans ces années Frédéric II fait des choses plus dignes de mémoire. Il embellit Naples, il l’agrandit, il la fait la métropole du royaume, et elle devient bientôt la ville la plus peuplée de l’Italie. Il y avait encore beaucoup de Sarrasins en Sicile, et souvent ils prenaient les armes ; il les transporte à Lucera dans la Pouille. C’est ce qui donna à cette ville le nom de Lucera ou Nocera de’ pagani[2] : car on désignait du nom de païens les Sarrasins et les Turcs, soit excès d’ignorance, soit excès de haine ; et ces peuples, en voyant nos croix et nos images, nous appelaient idolâtres.

L’académie ou l’université de Naples est établie et florissante.

  1. Voyez tome XI, page 495.
  2. Lucera et Nocera de’ Pagani sont deux villes : l’une se trouve au nord-est de Naples, dans la Capitanate, et l’autre au sud, dans la principauté Citérieure. Mais toutes deux reçurent des Sarrasins. (G. A.)