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AVERTISSEMENT

DE BEUCHOT.



Voltaire ayant été nommé, en 1746, historiographe de France, entreprit d’écrire l’Histoire de la guerre de mil sept cent quarante et un, et exécuta son projet. Plusieurs chapitres furent rédigés à Versailles chez le comte d’Argenson, ministre de la guerre, qui en margina quelques pages[1].

Il existait au moins trois copies de cet ouvrage, destinées au comte d’Argenson, au duc de Richelieu, et à la marquise de Pompadour[2]. La Place dit[3] que ce dernier manuscrit se terminait ainsi :


« Il faut avouer que l’Europe peut dater sa félicité du jour de cette paix. On apprendra avec surprise qu’elle fut le fruit des conseils pressants d’une jeune dame d’un haut rang, célèbre par ses charmes, par des talents singuliers, par son esprit, et par une place enviée. Ce fut la destinée de l’Europe, dans cette longue querelle, qu’une femme la commença, et qu’une femme la finit : la seconde a fait autant de bien que la première avait causé de mal, s’il est vrai que la guerre soit le plus grand des fléaux qui puissent affliger la terre, et que la paix soit le plus grand des biens qui puissent la consoler. »


Avec de telles expressions, on conçoit que Voltaire ait craint « qu’on ne l’accusât de flatterie dans cette histoire[4] ». Après avoir conduit son travail jusqu’à la paix de 1748, Voltaire l’avait interrompu, lorsque des cahiers en furent dérobés par le marquis de Ximenès. Ce n’étaient que de vieux brouil-

  1. Voyez, dans les Mélanges, les Doutes sur le testament du cardinal de Richelieu.
  2. Lettre à d’Argental, du 31 juillet 1755. Le manuscrit pour le duc de Richelieu fut égaré, au moins quelque temps, si ce n’est pas celui qui fut volé. Voyez lettre à Richelieu, du 27 septembre 1755.
  3. Pièces intéressantes et peu connues, tome Ier, page 207. Le passage a été reproduit dans la Galerie de l’ancienne cour, tome VIII, page 59. J’apprends à l’instant que le manuscrit Pompadour est à la Bibliothèque publique d’Aix. M. Rouard, bibliothécaire, m’écrit qu’il provient de la bibliothèque Méjanes, et qu’il contient le passage cité par La Place et que j’ai transcrit.
  4. Lettre à Richelieu, du 27 septembre 1755.