Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/232

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tative, avait enfin réussi du côté où était posté le comte de Seckendorf, qui commandait les Bavarois, les Palatins, et les Hessois, alliés payés par la France.

L’armée autrichienne, au nombre d’environ soixante mille hommes, entre en Alsace sans résistance. Le prince Charles s’empare en une heure de Lauterbourg, poste peu fortifié, mais de la plus grande importance. Il fait avancer le général Nadasti jusqu’à Veissembourg, ville ouverte, dont la garnison est forcée de se rendre prisonnière de guerre. Il met un corps de dix mille hommes dans la ville et dans les lignes qui la bordent. Le maréchal de Coigni, qui commandait dans ces quartiers, général hardi, sage et modeste, célèbre par deux victoires en Italie, dans la guerre de 1738[1], vit que sa communication avec la France était coupée, que le pays Messin, la Lorraine, allaient être en proie aux Autrichiens et aux Hongrois : il n’y avait d’autre ressource que de passer sur le corps de l’ennemi pour rentrer en Alsace et couvrir le pays. Il marche aussitôt avec la plus grande partie de son armée à Veissembourg, dans le temps que les ennemis venaient de s’en emparer (15 juillet 1744). Il les attaque dans la ville et dans les lignes ; les Autrichiens se défendent avec courage. On se battait dans les places et dans les rues ; elles étaient couvertes de morts. La résistance dura six heures entières. Les Bavarois, qui avaient mal gardé le Rhin, réparèrent leur négligence par leur valeur. Ils étaient surtout encouragés par le comte de Mortagne, alors lieutenant général de l’empereur, qui reçut dix coups de fusil dans ses habits. Le marquis de Montal menait les Français.

Celui qui rendit les plus grands services dans cette journée, et qui sauva en effet l’Alsace, fut le marquis de Clermont-Tonnerre. Il était à la tête de la brigade Montmorin ; tout plia devant lui. C’est le même qui l’année suivante, commanda une aile de l’armée à la bataille de Fontenoy, et qui contribua plus que personne à la victoire. On l’a vu depuis doyen des maréchaux de France[2]. Son fils fut l’héritier de sa valeur et de ses vertus.

On reprit enfin Veissembourg et les lignes ; mais on fut bientôt obligé, par l’arrivée de toute l’armée autrichienne, de se retirer vers Hagueneau, qu’on fut même forcé d’abandonner. Des partis ennemis, qui allèrent à quelques lieues au delà de la Sarre, por-

  1. Ces deux victoires sont de 1734 ; voyez page 187.
  2. Gaspard, marquis de Clermont-Tonnerre, né en 1688, maréchal de France en 1747 (voyez tome XIV, page 16), est mort en 1781.