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CHAPITRE XIV.

PRISE DU MARÉCHAL DE BELLE-ISLE. L’EMPEREUR CHARLES VII MEURT, MAIS LA GUERRE N’EN EST QUE PLUS VIVE.


Le roi de France, immédiatement après la prise de Fribourg, retourna à Paris, où il fut reçu comme le vengeur de sa patrie et comme un père qu’on avait craint de perdre. Il resta trois jours dans Paris pour se faire voir aux habitants, qui ne voulaient que ce prix de leur zèle.

Le roi, comptant toujours maintenir l’empereur, avait envoyé à Munich, à Cassel, et en Silésie, le maréchal de Belle-Isle, chargé de ses pleins pouvoirs et de ceux de l’empereur. Ce général venait de Munich, résidence impériale, avec le comte son frère : ils avaient été à Cassel, et suivaient leur route sans défiance dans des pays où le roi de Prusse a partout des bureaux de poste qui, par les conventions établies entre les princes d’Allemagne, sont toujours regardés comme neutres et inviolables. (13 novembre 1744) Le maréchal et son frère, en prenant des chevaux à un de ces bureaux, dans un bourg appelé Elbingrode, appartenant à l’électeur d’Hanovre, furent arrêtés par le bailli hanovrien, maltraités, et bientôt après transférés en Angleterre. Le duc de Belle-Isle était prince de l’empire, et par cette qualité cet arrêt pouvait être regardé comme une violation des privilèges du collège des princes. En d’autres temps un empereur aurait vengé cet attentat ; mais Charles VII régnait dans un temps où l’on pouvait tout oser contre lui, et où il ne pouvait que se plaindre. Le ministère de France réclama à la fois tous les privilèges des ambassadeurs et les droits de la guerre. Si le maréchal de Belle-Isle était regardé comme prince de l’empire et ministre du roi de France allant à la cour impériale et à celle de Prusse, ces deux cours n’étant point en guerre avec le Hanovre, il paraît certain que sa personne était inviolable. S’il était regardé comme maréchal de France et général, le roi de France offrait de payer sa rançon et celle de son frère, selon le cartel établi à Francfort, le 18 juin 1743, entre la France et l’Angleterre. La rançon d’un maréchal de France était de cinquante mille livres, celle d’un lieutenant général de quinze mille. Le ministre de George II éluda ces instances pressantes par une défaite inouïe : il déclara qu’il regardait MM. de Belle-