Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/283

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daient secrètement compte au sénat, qui paraissait ne se mêler plus du gouvernement ; mais il gouvernait en effet : il faisait désavouer à Vienne la révolution qu’il fomentait à Gênes, et dont il redoutait la plus terrible vengeance. Son ministre dans cette cour déclara que la noblesse génoise n’avait aucune part à ce changement qu’on appelait révolte. Le conseil de Vienne, agissant encore en maître et croyant être bientôt en état de reprendre Gênes, lui signifia que le sénat eût à faire payer incessamment les huit millions restants de la somme à laquelle on l’avait condamné, à en donner trente pour les dommages causés à ses troupes, à rendre tous les prisonniers, à faire justice des séditieux. Ces lois, qu’un maître irrité aurait pu donner à des sujets rebelles et impuissants, ne firent qu’affermir les Génois dans la résolution de se défendre, et dans l’espérance de repousser de leur territoire ceux qu’ils avaient chassés de la capitale. Quatre mille Autrichiens, dans les prisons de Gênes, étaient encore des otages qui les rassuraient.

Cependant les Autrichiens, aidés des Piémontais, en sortant de Provence, menaçaient Gênes de rentrer dans ses murs. Un des généraux autrichiens[1] avait déjà renforcé ses troupes de soldats albanais, accoutumés à combattre au milieu des rochers. Ce sont les anciens Épirotes, qui passent encore pour être aussi bons guerriers que leurs ancêtres. Il eut ces Épirotes par le moyen de son oncle, ce fameux Schulenbourg, qui, après avoir résisté au roi de Suède Charles XII[2], avait défendu Corfou contre l’empire ottoman. Les Autrichiens repassèrent donc la Bocchetta ; ils resserraient Gênes d’assez près ; la campagne à droite et à gauche était livrée à la fureur des troupes irrégulières, au saccagement et à la dévastation. Gênes était consternée, et cette consternation même y produisait des intelligences avec ses oppresseurs : pour comble de malheur, il y avait alors une grande division entre le sénat et le peuple. La ville avait des vivres, mais plus d’argent ; et il fallait dépenser dix-huit mille florins par jour pour entretenir les milices qui combattaient dans la campagne, ou qui gardaient la ville. La république n’avait ni aucunes troupes régulières aguerries, ni aucun officier expérimenté. Nul secours n’y pouvait arriver que par mer, et encore au hasard d’être pris par une flotte anglaise conduite par l’amiral Medley, qui dominait sur les côtes.

  1. Schulenbourg. Voyez page 262.
  2. Voyez une lettre du 15 septembre 1740.