Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/311

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L’ambassadeur Van Hoey écrivit donc une longue lettre au duc de Newcastle, secrétaire d’État d’Angleterre. « Puissiez-vous, lui disait-il, bannir cet art pernicieux que la discorde a enfanté pour exciter les hommes à se détruire mutuellement ! Misérables politiques qui substituent la vengeance, la haine, la méfiance, l’avidité, aux préceptes divins de la gloire des rois et du salut des peuples ! »

Cette exhortation semblait être, pour la substance et pour les expressions, d’un autre temps que le nôtre : on la qualifia d’homélie ; elle choqua le roi d’Angleterre au lieu de l’adoucir. Il fit porter ses plaintes aux États-Généraux de ce que leur ambassadeur avait osé lui envoyer des remontrances d’un roi ennemi sur la conduite qu’il avait à tenir envers des sujets rebelles. Le duc de Newcastle écrivit que c’était un procédé inouï. Les États-Généraux réprimandèrent vivement leur ambassadeur, et lui ordonnèrent de faire excuse au duc de Newcastle, et de réparer sa faute. L’ambassadeur, convaincu qu’il n’en avait point fait, obéit, et écrivit que « s’il avait manqué, c’était un malheur inséparable de la condition humaine ». Il pouvait avoir manqué aux lois de la politique, mais non à celles de l’humanité. Le ministère anglais et les États-Généraux devaient savoir combien le roi de France était en droit d’intercéder pour les Écossais : ils devaient savoir que quand Louis XIII eut pris la Rochelle, secourue en vain par les armées navales du roi d’Angleterre Jacques Ier[1], ce roi envoya le chevalier Montaigu au roi de France pour le prier de faire grâce aux Rochellois rebelles, et Louis XIII eut égard à cette prière. Le ministère anglais n’eut pas la même clémence.

Il commença par tâcher de rendre le prince Charles-Édouard méprisable aux yeux du peuple, parce qu’il avait été terrible. On fit porter publiquement dans Édimbourg les drapeaux pris à la journée de Culloden ; le bourreau portait celui du prince ; les autres étaient entre les mains des ramoneurs de cheminée, et le bourreau les brûla tous dans la place publique. Cette farce était le prélude des tragédies sanglantes qui suivirent.

On commença, le 10 auguste 1746, par exécuter dix-sept officiers. Le plus considérable était le colonel du régiment de Manchester, nommé Townley : il fut traîné avec huit officiers sur la claie au lieu du supplice dans la plaine du Kennington près de Londres, et, après qu’on les eut pendus, on leur arracha le cœur

  1. Charles Ier. C’était en 1628, et Jacques Ier, son père, était mort en mars 1625. (Cl.)