Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/126

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les dépêches du duc lui-même, qu’on peut lire dans sa correspondance, publiée par sir George Murray, à Londres, en 1845. C’est grâce à des informations si directes que Voltaire a fait de cette curieuse scène une courte, mais vive peinture que les écrivains modernes ont ensuite copiée[1]. »

Voltaire cite parmi les ouvrages qu’il a eus sous les yeux l’Histoire ottomane du prince Cantemir, et l’Histoire militaire d’Adlerfell, qui donne exactement et jour par jour les marches de l’armée suédoise. Il a puisé dans l’ouvrage de Dalerac, Anecdotes de Pologne, et dans celui de Limiers, Histoire de la Suède pendant le règne de Charles XII. Mais il ne paraît pas s’être servi de l’Histoire de Charles XII, d’ailleurs fort superficielle, publiée en 1707, à Stockholm, par Grimaret[2].

On trouvera les preuves de l’enquête la plus opiniâtre dans le dossier qu’il déposa à la Bibliothèque du roi, et qui s’y trouve encore[3] ; on y voit notamment sa correspondance avec Villelongue, qui avait été colonel au service du roi de Suède. On constate le soin, la prudence, avec lesquels il contrôle les témoignages qu’on lui donne. Ainsi Voltaire ne croit pas Villelongue, lorsque celui-ci lui affirme que le duc de Marlborough donna 400,000 écus au comte Piper pour détourner l’ardeur belliqueuse de Charles XII contre la Russie. Il n’admet la démarche bizarre et hardie de Villelongue auprès du sultan Achmet qu’après avoir interrogé M. de Fierville et un autre correspondant. Ces deux derniers confirment la première partie du récit de Villelongue, et nient l’entrevue de Villelongue avec le sultan. « J’ai trouvé, dit Voltaire, de pareilles contrariétés dans les Mémoires que l’on m’a confiés. En ce cas, tout ce que doit faire un historien, c’est de conter ingénument le fait, sans vouloir pénétrer les motifs, et de se borner à dire précisément ce qu’il sait, au lieu de deviner ce qu’il ne sait pas[4]. »

Les corrections nombreuses qu’il fit dans les éditions successives de son œuvre prouvent avec quel zèle il cherchait la vérité. Il lui en coûtait peu de rectifier une erreur ; on en a un remarquable exemple dans la Lettre aux auteurs de la Bibliothèque raisonnée, sur l’incendie de la ville d’Altena, qu’on trouvera dans les Mélanges.

Nous reproduisons d’autre part le bulletin bibliographique dressé par M. A. Geffroy, dans son édition classique de l’Histoire de Charles XII. Nous devons aussi mentionner parmi les éditions consultées par nous avec fruit celle donnée à la librairie Belin par M. L. Grégoire, professeur d’histoire au lycée Condorcet et au collége Chaptal.

L. M.

  1. Revue des Deux Mondes, 15 novembre 1809, tome LXXXIV.
  2. Ce même Grimaret est l’auteur de la première biographie de Molière.
  3. Pièces diverses : carton 1309 B.
  4. Page 308.