Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/21

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des pairs que quand les princes et pairs venaient tenir cette cour ; et l’étiquette ne souffrait pas alors que les princes, et surtout les princes du sang, admissent à leur table les conseillers au parlement.

Ces détails concernant les rangs sont le plus mince objet de l’histoire ; et tous les détails des querelles excitées pour la préséance sont les archives de la petitesse plutôt que celles de la grandeur.



CHAPITRE XLVI.

ÉTATS GÉNÉRAUX. ÉTRANGES ASSERTIONS DU CARDINAL DU PERRON.
FIDÉLITÉ ET FERMETÉ DU PARLEMENT.

La régence de Marie de Médicis fut un temps de confusion, de faiblesse et de rigueur mal placée, de troubles civils et de continuels orages. L’argent que Henri IV avait amassé avec tant de peine fut abandonné à la rapacité de plusieurs seigneurs qu’il fallut gagner, ou des favoris qui l’extorquèrent.

Le Florentin Concini, bientôt maréchal de France sans avoir jamais commandé un seul bataillon, sa femme Galigaï, qui gouvernait la reine, amassèrent en peu d’années plus de trésors que plusieurs rois ensemble n’en possédaient alors. Dans cette déprédation universelle, et dans ce choc de tant de factions, on assembla sur la fin de 1614[1] les états généraux dans cette même salle des Augustins de Paris, où le parlement avait donné la régence. Jamais il n’y eut d’états plus nombreux ni plus inutiles. La chambre de la noblesse était composée de cent trente-deux députés, celle du clergé de cent quarante, celle du tiers état de cent quatre-vingt-deux. Le parlement n’eut point encore de séance dans cette grande assemblée. L’université présenta requête pour y être admise, et fit signifier même une assignation ; mais sa requête fut rejetée avec un rire universel, et son assignation regardée comme insolente. Elle se fondait sur des priviléges quelle avait eus dans

  1. L’ouverture s’en fit le 26 octobre 1614 ; et pendant trop longtemps ce furent les derniers, comme Voltaire l’a dit tome XII, page 573, et ci-après, page 14. Depuis lors, il n’y a eu d’autre tenue des états généraux que celle dont l’ouverture eut lieu le 5 mai 1789. (B.)