Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/30

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juif Montalto était magicien, et qu’il avait sacrifié un coq blanc chez la maréchale ; cependant il ne put la guérir de ses vapeurs : elles furent si fortes qu’au lieu de se croire sorcière elle se crut ensorcelée. Marie de Médicis lui dit que le dernier cardinal de Lorraine, Henri, ayant eu la même maladie, s’était fait exorciser par des moines de Milan. Elle eut la faiblesse de faire venir deux de ces exorcistes milanais, qui dirent des messes aux Augustins pour la vaporeuse maréchale, et qui l’assurèrent qu’elle était guérie.

On l’interrogea sur le meurtre de Henri IV, on lui demanda si elle n’en avait point eu connaissance ; après avoir ri sur les accusations de magie, elle pleura à cet interrogatoire sur la mort du feu roi, et fit sentir aux juges tout ce que cette imputation contre la confidente de la reine pouvait avoir d’atroce.

Des deux rapporteurs qui instruisaient le procès, l’un était Courtin, vendu au nouveau favori, et qui sollicitait des grâces ; l’autre était Deslandes Payen, homme intègre, qui ne voulut jamais conclure à la mort, ni même consentir à ne pas se trouver au jugement. Cinq juges s’absentèrent, quelques-uns opinèrent pour le seul bannissement ; mais Luines sollicita avec tant d’ardeur que la pluralité fut pour brûler une maréchale de France comme sorcière. Elle fut traînée dans un tombereau à la Grève, comme une femme de la lie du peuple[1]. Toute la grâce qu’on lui fit fut de lui couper la tête avant de jeter son corps dans les flammes.

On croirait qu’un tel arrêt est du xe siècle. Le parlement, en condamnant la mémoire du maréchal, eut soin d’insérer dans l’arrêt que désormais aucun étranger ne serait admis au conseil d’État ; cette clause était plus qu’on ne demandait. Luines, qui eut beaucoup plus de pouvoir que Concini, était étranger lui-même, étant né sujet du pape[2].

  1. 8 juillet 1617. (Note de Voltaire.)
  2. « L’avocat général Le Bret m’a dit (au cardinal de Richelieu) que les imputations qu’on faisait à la défunte étaient si frivoles, et les preuves si faibles, que, quelques sollicitations qu’on lui fît qu’il était nécessaire pour l’honneur et la sûreté de la vie du roi qu’elle mourut, il ne voulut jamais donner ses conclusions à la mort que sur l’assurance qu’il eut, par la propre bouche de Luines, qu’étant condamnée, le roi lui donnerait sa grâce. » Histoire de la Mère et du Fils, année 1617.

    Elle mourut avec courage au milieu des larmes du peuple, dont son malheur et l’avide cruauté de ses ennemis avaient changé les sentiments.

    Le 2 juin 1617, l’évêque de Mâcon, portant la parole au nom du clergé assemblé, dit au roi que la première action de son règne lui ayant mérité le nom de Juste,