Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/493

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munique à la terre ferme que par un seul chemin, qu’il jeta[1] les premiers fondements de Pétersbourg, au soixantième degré de latitude et au quarante-quatrième et demi de longitude. Les débris de quelques bastions de Niantz furent les premières pierres de cette fondation. On commença par élever un petit fort dans une des îles qui est aujourd’hui au milieu de la ville. Les Suédois ne craignaient pas cet établissement dans un marais où les grands vaisseaux ne pouvaient aborder ; mais bientôt après ils virent les fortifications s’avancer, une ville se former, et enfin la petite île de Cronslot, qui est devant la ville, devenir, en 1704, une forteresse imprenable, sous le canon de laquelle les plus grandes flottes peuvent être à l’abri.

Ces ouvrages, qui semblaient demander un temps de paix, s’exécutaient au milieu de la guerre ; et des ouvriers de toute espèce venaient de Moscou, d’Astracan, de Casan, de l’Ukraine, travailler à la ville nouvelle. La difficulté du terrain, qu’il fallut raffermir et élever, l’éloignement des secours, les obstacles imprévus qui renaissent à chaque pas en tout genre de travail, enfin les maladies épidémiques qui enlevèrent un nombre prodigieux de manœuvres, rien ne découragea le fondateur[2], il eut une ville en cinq mois de temps. Ce n’était qu’un assemblage de cabanes avec deux maisons de briques, entourées de remparts, et c’était tout ce qu’il fallait alors ; la constance et le temps ont fait le reste. Il n’y avait encore que cinq mois que Pétersbourg était fondée, lorsqu’un vaisseau hollandais y vint trafiquer[3] ; le patron reçut des gratifications, et les Hollandais apprirent bientôt le chemin de Pétersbourg.

Pierre, en dirigeant cette colonie, la mettait en sûreté tous les jours par la prise des postes voisins. Un colonel suédois, nommé Croniort, s’était posté sur la rivière Sestra, et menaçait la ville naissante. Pierre court à lui[4] avec ses deux régiments des gardes, le défait, et lui fait repasser la rivière. Ayant ainsi mis sa ville en sûreté, il va à Olonitz commander la construction de plusieurs petits vaisseaux, et retourne à Pétersbourg[5] sur une frégate qu’il a fait construire avec six bâtiments de transport, en attendant qu’on achève les autres.

  1. 1703, 27 mai, jour de la Pentecôte, fondation de Pétersbourg. (Note de Voltaire.)
  2. Les ouvriers y furent envoyés de force, ainsi que les premiers habitants.
  3. Novembre. (Note de Voltaire.)
  4. 9 juillet. (Id.)
  5. Septembre. (Id.)