Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/573

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tentiaire secret de Charles XII, avait fait naître la plupart de ces intrigues, et il résolut d’en profiter pour ébranler l’Europe. Son dessein était de rapprocher Charles XII du czar, non-seulement de finir leur guerre, mais de les unir, de remettre Stanislas sur le trône de Pologne, et d’ôter au roi d’Angleterre George Ier Brême et Verden, et même le trône d’Angleterre, afin de le mettre hors d’état de s’approprier les dépouilles de Charles.

Il se trouvait dans le même temps un ministre de son caractère, dont le projet était de bouleverser l’Angleterre et la France : c’était le cardinal Albéroni, plus maître alors en Espagne que Görtz ne l’était en Suède, homme aussi audacieux et aussi entreprenant que lui, mais beaucoup plus puissant, parce qu’il était à la tête d’un royaume plus riche, et qu’il ne payait pas ses créatures en monnaies de cuivre.

Görtz, des bords de la mer Baltique, se lia bientôt avec la cour de Madrid, Albéroni et lui furent également d’intelligence avec tous les Anglais errants qui tenaient pour la maison Stuart. Görtz courut dans tous les États où il pouvait trouver des ennemis du roi George, en Allemagne, en Hollande, en Flandre, en Lorraine, et enfin à Paris, sur la fin de l’année 1716. Le cardinal Albéroni commença par lui envoyer, dans Paris même, un million de livres de France pour commencer à mettre le feu aux poudres : c’était l’expression d’Albéroni.

Görtz voulait que Charles cédât beaucoup à Pierre pour reprendre tout le reste sur ses ennemis, et qu’il pût en liberté faire une descente en Écosse tandis que les partisans des Stuart se déclareraient efficacement en Angleterre, après s’être tant de fois montrés inutilement. Pour remplir ces vues il était nécessaire d’ôter au roi régnant d’Angleterre son plus grand appui ; et cet appui était le régent de France. Il était extraordinaire qu’on vît la France unie avec un roi d’Angleterre contre le petit-fils de Louis XIV, que cette même France avait mis sur le trône d’Espagne au prix de ses trésors et de son sang, malgré tant d’ennemis conjurés ; mais tout était sorti alors de sa route naturelle, et les intérêts du régent n’étaient pas les intérêts du royaume. Albéroni ménagea dès lors une conspiration en France contre ce même régent. Les fondements de toute cette vaste entreprise furent jetés presque aussitôt que le plan en eut été formé. Görtz fut le premier dans ce secret, et devait alors aller, déguisé, en Italie pour s’aboucher avec le prétendant auprès de Rome, et de là revoler à la Haye, y voir le czar, et terminer tout auprès du roi de Suède.

Celui qui écrit cette histoire est très-instruit de ce qu’il avance,