Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/624

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était un vassal de la Perse, comme les hospodars de Valachie et de Moldavie sont vassaux de l’empire turc : ce vasselage n’est point héréditaire ; il ressemble parfaitement aux anciens fiefs établis dans l’Europe par les espèces de Tartares qui bouleversèrent l’empire romain. La milice des Aguans, gouvernée par le prince de Candahar, était celle de ces mêmes Albanais des côtes de la mer Caspienne, voisins du Daguestan, mêlés de Circasses et de Géorgiens, pareils aux anciens Mameluks qui subjuguèrent l’Égypte : on les appela les Aguans, par corruption. Timur, que nous nommons Tamerlan, avait mené cette milice dans l’Inde ; et elle resta établie dans cette province de Candahar, qui tantôt appartint à l’Inde, tantôt à la Perse. C’est par ces Aguans et par ces Lesguis que la révolution commença.

Myr Veitz ou Mirivitz[1], intendant de la province, préposé uniquement à la levée des tributs, assassina le prince de Candahar, souleva la milice, et fut maître du Candahar jusqu’à sa mort, arrivée en 1717. Son frère lui succéda paisiblement, en payant un léger tribut à la Porte persane ; mais le fils de Mirivitz, né avec la même ambition que son père, assassina son oncle, et voulut devenir un conquérant. Ce jeune homme s’appelait Myr Mahmoud ; mais il ne fut connu en Europe que sous le nom de son père, qui avait commencé la rébellion. Mahmoud joignit à ses Aguans ce qu’il put ramasser de Guèbres, anciens Perses dispersés autrefois par le calife Omar, toujours attachés à la religion des mages, si florissante autrefois sous Cyrus, et toujours ennemis secrets des nouveaux Persans. Enfin il marcha dans le cœur de la Perse, à la tête de cent mille combattants.

Dans le même temps, les Lesguis ou Albanais, à qui le malheur des temps n’avait pas permis qu’on payât leurs subsides, descendirent en armes de leurs montagnes, de sorte que l’incendie s’alluma des deux bouts de l’empire jusqu’à la capitale.

Ces Lesguis ravagèrent tout le pays qui s’étend le long du bord occidental de la mer Caspienne jusqu’à Derbent ou la porte de fer. Dans cette contrée, qu’ils dévastèrent, est la ville de Shamachie, à quinze lieues communes de la mer : on prétend que c’est l’ancienne demeure de Cyrus, à laquelle les Grecs donnèrent le nom de Cyropolis, car nous ne connaissons que par les Grecs la position et les noms de ce pays, et de même que les Persans n’eurent jamais de prince qu’ils appelassent Cyrus, ils eurent encore moins de ville qui s’appelât Cyropolis. C’est ainsi que les

  1. Voyez Essai sur les Mœurs, chapitre cxciii, tome XIII, pages 153-154.