Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/64

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eussent pu condamner cette proposition : « Il est bon de lire des livres de piété le dimanche, surtout la sainte Écriture » ; et celle-ci : « La crainte d’une excommunication injuste ne doit pas nous empêcher de faire notre devoir[1] » ?

Mais par amour de la paix le parlement l’enregistra, l’an 1714. Ce fut à la vérité en la détestant, et en tâchant de l’affaiblir par toutes les modifications possibles. Un tel enregistrement était plutôt une flétrissure qu’une approbation.

Le roi voulait qu’on enregistrât ses édits, et qu’après on fît des remontrances par écrit si on voulait. Le parlement ne remontra rien.

Louis XIV, satisfait de la soumission apparente du parlement, le rendit bientôt après dépositaire de son testament, qui fut enfermé dans une chambre bâtie exprès. Il ne prévoyait pas que son testament serait cassé unanimement par ceux mêmes à qui il le confiait, et cependant il devait s’y attendre, pour peu qu’il eût réfléchi aux clauses qu’il contenait ; mais il avait été si absolu qu’il crut devoir l’être encore après sa mort.



CHAPITRE LIX.

RÉGENCE DU DUC D’ORLÉANS.

Louis XIV étant mort le 1er septembre 1715, le parlement s’assembla le lendemain sans être convoqué. Le duc d’Orléans, héritier présomptif de la couronne, y prit séance avec les princes et les pairs.

Le régiment des gardes entourait le palais, et les mesures avaient été prises avec les principaux membres pour casser le testament du feu roi, comme on avait cassé celui de son père.

Avant qu’on fît l’ouverture de ce testament, le duc d’Orléans prononça un discours par lequel il demanda la régence, en vertu du droit de sa naissance plutôt que des dernières volontés de Louis XIV.

  1. Ce fut cette même année 1713 que le parlement condamna, par deux arrêts des 22 février et 24 mars, la seconde partie du tome cinquième, composée par Jouvency, de l’Historia societatis Jesu. (B.)