Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/67

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pairs qui donnèrent aussi leurs voix. Les deux fils de Louis XIV jouirent en conséquence des honneurs attachés à la dignité de prince du sang, au lit de justice qui donna la régence.

Mais bientôt après, ces mêmes princes, le duc de Bourbon, le comte de Charolais et le prince de Conti, présentèrent une requête au jeune roi, tendante à faire annuler dans un nouveau lit de justice au parlement les droits accordés aux princes légitimés. Ainsi, en moins de six mois, le parlement de Paris se serait trouvé juge de la régence du royaume et de la succession à la couronne.

Les princes légitimés alléguaient les plus fortes raisons ; les princes du sang produisaient des réponses très-plausibles. Les pairs intervinrent ; trente-neuf seigneurs de la plus haute noblesse prétendirent que cette grande cause était celle de la nation, et qu’on devait assembler les états généraux pour la juger.

On n’en avait pas vu depuis plus de cent ans[1], et on en désirait. Le fameux système de Lass, dont on commençait à craindre l’établissement projeté, indisposait la robe, qui craint toujours les nouveautés. On jetait déjà les fondements d’un grand parti contre le régent. L’assemblée des états pouvait plonger le royaume dans une grande crise ; mais le parlement, qui croit quelquefois tenir lieu des états[2], était loin de souhaiter qu’on les convoquât. Il rejeta la protestation de la noblesse, signifiée, le 17 juin 1717, par un huissier au procureur général et au greffier en chef. Il interdit même l’huissier pendant six mois.

Le duc du Maine et le comte de Toulouse vinrent alors eux-mêmes présenter requête à la grand’chambre, en protestant que cette affaire, où il s’agissait de la succession à la couronne, ne pouvait être jugée que par un roi majeur, ou par les états généraux. La grand’chambre, embarrassée, prit des délais pour répondre.

Enfin, le 2 juillet, le régent fit rendre un édit qui fut enregistré le 8 sans difficulté. Cet édit ôtait aux enfants légitimés de Louis XIV le titre de princes du sang, que leur père leur avait donné contre les lois des nations et du royaume, en leur réservant seulement la prérogative de traverser, comme les princes du sang, ce qu’on appelle au parlement le parquet : c’est une petite enceinte de bois, par laquelle ils passent pour aller prendre leurs places ; et de tous les honneurs de ce monde, c’est assurément le

  1. Depuis 1614 ; voyez chapitre XLVI, page 11.
  2. Voyez tome XV, page 532.