Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/73

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« Il semble même qu’il a porté (le parlement) ses entreprises jusqu’à prétendre que le roi ne peut rien sans l’aveu de son parlement, et que son parlement n’a pas besoin de l’ordre et du consentement de Sa Majesté pour ordonner ce qu’il lui plaît.

« Ainsi le parlement pouvant tout sans le roi, et le roi ne pouvant rien sans son parlement, celui-ci deviendrait bientôt législateur nécessaire du royaume ; et ce ne serait plus que sous son bon plaisir que Sa Majesté pourrait faire savoir à ses sujets quelles sont ses intentions. »

Après ce discours on lut un édit qui défendait au parlement de se mêler jamais d’aucune affaire d’État, ni des monnaies, ni du payement des rentes, ni d’aucun objet de finance.

M. de Lamoignon, avocat du roi, résuma cet édit en faisant une espèce de protestation modeste. Le premier président demanda la permission de délibérer.

M. d’Argenson répondit : » Le roi veut être obéi, et obéi dans le moment. »

Aussitôt on lut un nouvel édit par lequel on rétablit les pairs dans la préséance sur les présidents à mortier, et sur le droit d’opiner avant eux ; droit que les pairs n’avaient pas voulu réclamer au lit de justice qui donna la régence, mais qu’ils revendiquaient dans un temps plus favorable.

Enfin on termina cette mémorable séance en dégradant le duc du Maine, soupçonné d’être trop uni avec le parlement. On lui ôta la surintendance de l’éducation du roi, qui fut donnée sur-le-champ au duc de Bourbon-Condé, et on le priva des honneurs de prince du sang, que l’on conserva au comte de Toulouse.

Le parlement, ainsi humilié dans cette assemblée solennelle, déclara le lendemain, par un arrêt, qu’il n’avait pu, ni dû, ni entendu avoir aucune part à ce qui s’était passé au lit de justice. Les discours furent vifs dans cette séance. Plusieurs membres étaient soupçonnés de préparer la révolution que la faction du duc du Maine, ou plutôt de la duchesse sa femme, méditait secrètement : on n’en avait pas de preuve, et on en cherchait.

La nuit du 28 au 29 août[1], des détachements de mousquetaires enlevèrent dans leurs maisons le président Blamont et les conseillers Feideau de Calende et Saint-Martin. Nouvelles remontrances au roi dès le lendemain.

Le garde des sceaux répondit d’une voix sèche et dure : « Les affaires dont il est question sont affaires d’État, qui demandent le

  1. 1718. (Note de Voltaire.)