Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/91

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On était déjà irrité contre ce corps, qui avait fait beaucoup de difficulté pour le vingtième et pour des rentes sur les postes. Le roi lui fit défense de se mêler dorénavant des affaires de l’hôpital, et les évoqua toutes à son conseil[1]. Le lendemain, le premier président de Maupeou, deux autres présidents, l’avocat et le procureur général, furent mandés à Versailles, et on leur ordonna d’apporter les registres, afin que tout ce qui avait été arrêté sur cette affaire fût supprimé. On ne trouva point de registre. Jamais plus petite affaire ne causa une plus grande émotion dans les esprits. Le parlement cessa ses fonctions, les avocats fermèrent leurs cabinets : le cours de la justice fut interrompu pour deux femmes d’un hôpital ; mais ce qu’il y avait d’horrible, c’est que pendant ces querelles indécentes et absurdes on laissait mourir les pauvres, faute de secours. Les administrateurs mercenaires de l’Hôtel-Dieu s’enrichissaient par la mort des misérables. Plus de charité quand l’esprit de parti domine. Les pauvres moururent en foule, on n’y pensait pas ; et les vivants se déchiraient pour des inepties.

Le roi fit porter[2] à chaque membre du parlement des lettres de jussion par ses mousquetaires. Les magistrats obéirent en effet : ils reprirent leurs séances ; mais les avocats n’ayant point reçu de lettres de cachet ne parurent point au barreau. Leur fonction est libre. Ils n’ont point acheté leurs places. Ils ont le droit de plaider et le droit de ne plaider pas. Aucun d’eux ne parut. Leur intelligence avec le parlement irrita la cour de plus en plus. Enfin les avocats plaidèrent, les procès furent jugés comme à l’ordinaire, et tout parut oublié.

Le frère Boitin, curé de Saint-Étienne-du-Mont, renouvela les querelles et les plaisanteries de Paris ; il refusa la communion et l’extrême-onction à un vieux prêtre nommé l’abbé Le Maire[3], qui avait soutenu le parti janséniste du temps de la bulle Unigenitus, et qui l’avait très-mal soutenu. Voilà frère Boitin décrété encore d’ajournement personnel. Voilà les chambres assemblées pour faire donner l’extrême-onction à l’abbé Le Maire, et invitation faite par un secrétaire de la cour à l’archevêque pour venir prendre sa place au parlement. L’archevêque répond qu’il a trop d’affaires spirituelles pour aller juger, et que ce n’est que par son ordre qu’on a refusé de donner la communion et les huiles au prêtre Le Maire. Les chambres restèrent assemblées jusqu’à

  1. 20 novembre 1751. (Note de Voltaire.)
  2. 28 novembre 1751. (Id.)
  3. 20 mars 1752. (Id.) — On lit : Lemère, dans l’ouvrage cité page 79. (B.)