Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/94

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contents ni des jésuites ni du curé. Il leur cria d’une voix furieuse de sortir de l’église, les appela jansénistes, calvinistes et athées, et leur dit « qu’il serait le premier à tremper ses mains dans leur sang ». Le parlement ne le condamna pourtant qu’au bannissement perpétuel[1].

L’archevêque ne prit point le parti de ce fanatique. Mais sur les refus de sacrements, les arrêts du parlement étaient toujours cassés. Comme il voulait forcer l’archevêque de la métropole à donner la communion, les suffragants n’étaient pas épargnés. On envoyait souvent des huissiers à Orléans et à Chartres pour faire recevoir l’eucharistie. Il n’y avait guère de semaines où il n’y eût un arrêt du parlement pour communier dans l’étendue de son ressort, et un arrêt du conseil pour ne communier pas. Ce qui aigrit le plus les esprits, ce fut l’enlèvement de sœur Perpétue. L’archevêque de Paris obtint un ordre de la cour pour faire enlever cette fille, qui voulait communier malgré lui. On dispersa les religieuses ses compagnes. La petite communauté de Sainte Agathe fut dissoute. Les jansénistes jetèrent les hauts cris, et inondèrent la France de libelles. Ils annonçaient la destruction de la monarchie. Le parlement était toujours persuadé que l’affaire de Sainte-Agathe exigeait la convocation des pairs du royaume. Le roi persistait à soutenir que la communion n’était pas une affaire de la pairie.

Dans des temps moins éclairés, ces puérilités auraient pu subvertir la France. Le fanatisme s’arme des moindres prétextes. Le mot seul de sacrement aurait fait verser le sang d’un bout du royaume à l’autre. Les évêques auraient interdit les villes, le pape aurait soutenu les évêques, on aurait levé des troupes pour communier le sabre à la main ; mais le mépris que tous les honnêtes gens avaient pour le fond de ces disputes sauva la France. Trois ou quatre cents convulsionnaires de la lie du peuple pensaient, à la vérité, qu’il fallait s’égorger pour la bulle et pour sœur Perpétue : le reste de la nation n’en croyait rien. Le parlement était devenu cher aux peuples par son opposition à l’archevêque et aux arrêts du conseil ; mais on se bornait à l’aimer, sans qu’il tombât dans la tête d’aucun père de famille de prendre les armes et de donner de l’argent pour soutenir ce corps contre la cour, comme on avait fait du temps de la Fronde. Le parlement, qui avait pour lui la faveur publique, s’opiniâtrait dans ses résolutions, qu’il croyait justes, et n’était pas séditieux.

  1. 6 février 1753. (Note de Voltaire.)