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SUR LES QUAKERS

l’église, et trois cents femmes : les femmes se cachaient le visage[1] ; les hommes étaient couverts de leurs larges chapeaux ; tous étaient assis, tous dans un profond silence. Je passai au milieu d’eux sans qu’un seul levât les yeux sur moi. Le silence dura un quart d’heure. Enfin un d’eux se leva, ôta son chapeau, et, après quelques soupirs, débita, moitié avec la bouche, moitié avec le nez, un galimatias tiré[2], à ce qu’il croyait, de l’Évangile, où ni lui ni personne n’entendait rien. Quand ce faiseur de contorsions eut fini son beau monologue, et que l’assemblée se fut séparée tout édifiée et toute stupide, je demandai à mon homme pourquoi les plus sages d’entre eux souffraient de pareilles sottises, « Nous sommes obligés de les tolérer, me dit-il, parce que nous ne pouvons pas savoir si un homme qui se lève pour parler sera inspiré par l’esprit ou par la folie ; dans le doute, nous écoutons tout patiemment, nous permettons même aux femmes de parler. Deux ou trois de nos dévotes se trouvent souvent inspirées à la fois, et c’est alors qu’il se fait un beau bruit dans la maison du Seigneur. — Vous n’avez donc point de prêtres ? lui dis-je. — Non, mon ami, dit le quaker, et nous nous en trouvons bien. » Alors, ouvrant un livre de sa secte, il lut avec emphase ces paroles : « À Dieu ne plaise que nous osions ordonner à quelqu’un de recevoir le Saint-Esprit le dimanche à l’exclusion[3] de tous les autres fidèles ! Grâce au ciel, nous sommes les seuls sur la terre qui n’ayons point de prêtres. Voudrais-tu nous ôter une distinction si heureuse ? Pourquoi abandonnerions-nous notre enfant à des nourrices mercenaires, quand nous avons du lait à lui donner ? Ces mercenaires domineraient bientôt dans la maison, et opprimeraient la mère et l’enfant. Dieu a dit : Vous avez reçu gratis, donnez gratis[4]. Irons-nous, après cette parole, marchander l’Évangile, vendre l’Esprit-Saint, et faire d’une assemblée de chrétiens une boutique de marchands ? Nous ne donnons point d’argent à des hommes vêtus de noir pour assister nos pauvres, pour enterrer nos morts, pour prêcher les fidèles : ces saints emplois nous sont trop chers pour nous en décharger sur d’autres.

— Mais comment pouvez-vous discerner, insistai-je, si c’est l’esprit de Dieu qui vous anime dans vos discours ? — Quiconque, dit-il, priera Dieu de l’éclairer, et qui annoncera des vérités évangéliques qu’il sentira, que celui-là soit sûr que Dieu l’inspire. »

  1. 1734. « Le visage avec leur éventail. »
  2. 1734. « Tiré de l’Évangile. »
  3. 1734. « Des autres fidèles ! »
  4. Matthieu, X, 8.