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ESSAI SUR LA NATURE DU FEU


PREMIÈRE PARTIE.
DE LA NATURE DU FEU.
ARTICLE I.
CE QUE C’EST QUE LA SUBSTANCE DU FEU, ET À QUOI ON PEUT LA CONNAÎTRE.

Ou le feu est un mixte produit par le mouvement et l’arrangement des autres corps, et en ce cas ce qui n’est pas le feu le devient, et ce qui l’est devenu se change ensuite en une autre substance, par une vicissitude continuelle.

Ou bien c’est une substance simple, existant indépendamment des autres êtres, laquelle n’attend que du mouvement et de l’arrangement pour se manifester, et c’est ce que l’on appelle clément ; en ce cas, le feu est toujours feu, il ne change aucune substance en la sienne propre, et n’est transformé en aucune des substances auxquelles il se mêle.

Descartes, dans les Principes de sa philosophie (IV« partie, article 89), paraît croire que le feu n’est que le résultat du mouvement et de l’arrangement ; que toute matière, réduite en matière subtile par le frottement, peut devenir ce corps de feu, et que cette matière subtile, qu’il appelle son premier élément, est le feu même.

Le même Descartes, dans tout son Traité de la lumière, dans sa Bioptrique, dans ses Lettres, assure que la lumière, qu’il appelle son second élément, est un composé de petites boules qui ont une tendance au tournoiement.

Mais comme il est constant, par l’expérience des verres brûlants, que le feu et la lumière sont le même être, et ne diffèrent que du plus au moins, il paraît que cette substance ne peut à la fois être celte matière subtile et cette matière globuleuse, ce premier et ce second élément de Descartes.

Ni le temps, ni le sujet qu’on traite ici, ne permettent d’examiner ces éléments de Descartes, et la foule des arguments qu’on leur oppose.

On discutera seulement, sans se charger d’aucun système, s’il est possible que l’arrangement et le mouvement de la matière produisent la substance du feu.

1° Les mixtes, parleur mouvement, etc., ne peuvent jamais