Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/308

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s’il est possible, celui de l’hypocrisie ; c’est que plus leurs mœurs doivent être pures, plus ils sont coupables. Ils insultent au genre humain ; ils persuadent à des imbéciles de s’enterrer vivants dans un monastère. Ils prêchent une vêture, ils administrent leurs huiles, et au sortir de là, ils vont se plonger dans la volupté ou dans le carnage : c’est ainsi que l’Église fut gouvernée depuis les fureurs d’Athanase et d’Arius jusqu’à nos jours.

Qu’on me parle avec la même, bonne foi que je m’explique ; pense-t-on qu’il y ait eu un seul de ces monstres qui ait cru les dogmes impertinents qu’ils ont prêches ? Y a-t-il eu un seul pape qui, pour peu qu’il ait eu de sens commun, ait cru l’incarnation de Dieu, la mort de Dieu, la résurrection de Dieu, la Trinité de Dieu, la transsubstantiation de la farine en Dieu, et toutes ces odieuses chimères qui ont mis les chrétiens au-dessous des brutes ? Certes ils n’en ont rien cru, et parce qu’ils ont senti l’horrible absurdité du christianisme ils se sont imaginé qu’il n’y a point de Dieu. C’est là l’origine de toutes les horreurs dont ils se sont souillés ; prenons-y garde, c’est l’absurdité des dogmes chrétiens qui fait les athées.


CONCLUSION.

Je conclus que tout homme sensé, tout homme de bien, doit avoir la secte chrétienne en horreur. Le grand nom de théiste, qu’on ne révère pas assez[1], est le seul nom qu’on doive prendre. Le seul Évangile qu’on doive lire, c’est le grand livre de la nature, écrit de la main de Dieu, et scellé de son cachet. La seule religion qu’on doive professer est celle d’adorer Dieu et d’être honnête homme. Il est aussi impossible que cette religion pure et éternelle produise du mal qu’il était impossible que le fanatisme chrétien n’en fît pas.

On ne pourra jamais faire dire à la religion naturelle : Je suis venue apporter[2], non pas la paix, mais le glaive. Au lieu que c’est la première confession de foi qu’on met dans la bouche du Juif qu’on a nommé le Christ.

Les hommes sont bien aveugles et bien malheureux de préférer une secte absurde, sanguinaire, soutenue par des bourreaux,

  1. N.B. Ces paroles sont prises des Caractéristiques de lord Shaftesbury. (Note de Voltaire, 1767.)
  2. Matthieu, XV, 34.