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HOMÉLIE SUR LA SUPERSTITION. 329

qu'ils se défendent avec les mêmes armes, ou qu'ils périssent. Certainement leurs principes ne s'opposeront point aux assassi- nats, aux empoisonnements, qui leur paraîtront nécessaires.

Il est donc démontré que l'athéisme peut tout au plus laisser subsister les vertus sociales dans la tranquille apathie de la vie privée ; mais qu'il doit porter à tous les crimes dans les orages de la vie publique.

Une société particulière d'athées, qui ne se disputent rien, et qui perdent doucement leurs jours dans les amusements de la volupté, peut durer quelque temps sans trouble; mais, si le monde était gouverné par des athées, il vaudrait autant être sous l'em- pire immédiat de ces êtres infernaux qu'on nous peint acharnés contre leurs victimes. En un mot, des athées qui ont en main le pouvoir seraient aussi funestes au genre humain que des super- stitieux. Entre ces deux monstres la raison nous tend les bras : et ce sera l'objet de mon second discours.

��DEUXIEME HOMÉLIE.

Sun LA SUPERSTITION.

Mes Frères,

Vous savez assez que toutes les nations bien connues ont éta- bli un culte public. Si les hommes s'assemblèrent de tout temps pour traiter de leurs intérêts, pour se communiquer leurs besoins, il était bien naturel qu'ils commençassent ces assemblées par les témoignages de respect et d'amour qu'ils doivent à l'auteur de la vie. On a comparé ces hommages à ceux que des enfants présen- tent à un père, et des sujets à un souverain. Ce sont des images trop faibles du culte de Dieu : les relations d'homme à homme n'ont aucune proportion avec la relation de la créature à l'Être suprême ; l'infini les sépare. Ce serait même un blasphème que de rendre hommage à Dieu sous l'image d'un monarque. Un sou- verain de la terre entière, s'il en pouvait exister un, si tous les hommes étaient assez malheureux pour être subjugués par un homme, ne serait au fond qu'un ver de terre commandant à d'autres vers de terre, et serait encore infiniment moins devant la Divinité. Et puis, dans les républiques, qui sont incontestable- ment antérieures à toute monarchie, comment aurait-on pu con- cevoir Dieu sous l'image d'un roi? S'il fallait se faire de Dieu une

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