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482LETTRE

le conseiller Anne Dubourg, Servet, Antoine, Urbain Grandier, la maréchale d’Ancre, Morin, et Jean Calas; témoin enfin cette foule innombrable d’infortunés que presque toutes les sectes chrétiennes ont fait périr tour à tour dans les flammes : horreur inconnue aux Persans, aux Turcs, aux Tartares, aux Indiens, aux Chinois, à la république romaine, et à tous les peuples de l’antiquité; horreur à peine abolie parmi nous, et qui fera rougir nos enfants d’être sortis d’aïeux si abominables.


LETTRE IV.


SUR LES AUTEURS ANGLAIS.

Monseigneur,

Votre Altesse demande qui sont ceux qui ont eu l’audace de s’élever, non-seulement contre l’Église romaine, mais contre l’Église chrétienne; le nombre en est prodigieux, surtout en Angleterre. Un des premiers est le lord Herbert de Cherbury, mort en 1648, connu par ses Traités de la religion des laïques, et de celle des Gentils.

Hobbes ne reconnut d’autre religion que celle à qui le gouvernement donnait sa sanction. Il ne voulait point deux maîtres : le vrai pontife est le magistrat. Cette doctrine souleva tout le clergé. On cria au scandale, à la nouveauté. Pour du scandale, c’est-à-dire de ce qui fait tomber, il y en avait; mais de la nouveauté, non, car, en Angleterre, le roi était dès longtemps le chef de l’Église. L’impératrice de Russie en est le chef dans un pays plus vaste que l’empire romain. Le sénat, dans la république, était le chef de la religion, et tout empereur romain était souverain pontife.

Le lord Shaftesbury surpassa de bien loin Herbert et Hobbes pour l’audace et pour le style. Son mépris pour la religion chrétienne éclate trop ouvertement.

La Religion naturelle de Wollaston est écrite avec plus de ménagement; mais n’ayant pas les agréments de milord Shaftesbury, ce livre n’a été guère lu que des philosophes.

1. Voyez, dans Diderot, la traduction de l’Essai sur le Mérite et la Vertu. 2. L’ouvrage a paru en 1(372, et est intitulé Religion of nature delineated. La traduction française, par Garrigue, a pour titre : Ebauche de la religion naturelle, traduite de l’anglais, avec un supplément et autres additions considérables, 1750, deux volumes in-12.